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Rencontre entre un médecin et une esthéticienne : les lacunes du secteur


Alors que les Pays-Bas sont conscients depuis des années de l’existence d’une vaste zone grise entre les esthéticiennes et les médecins esthétiques/dermatologues qu’il est urgent de combler, cette zone grise est toujours aussi floue dans notre pays. Il reste donc du pain sur la planche ! Les premières initiatives arrivent au compte-goutte.

Anja Van Der Borght

« Pour la construction d’une maison ou une rénovation, on s’adresse d’abord à un architecte et à un ingénieur, puis à un entrepreneur qui nous met en relation avec ses sous-traitants, nous dit le célèbre chirurgien de la peau belge Ilan Karavani. Tout se passe généralement bien parce que nous sommes guidés dès le premier jour par des personnes très bien formées. Dans le domaine de l’esthétique, nous nous adressons directement au sous-traitant, qui n’est souvent pas aussi bien formé, car la formation correspondante n’en est qu’à ses débuts. La publicité non contrôlée nous pousse également à faire confiance à ce sous-traitant et c’est là que les problèmes risquent d’apparaître. Nous devons nous demander qui va coordonner la rénovation pour nous. Vous ne voulez pas vous lancer dans la rénovation la plus difficile qui soit sans architecte, ingénieur et entrepreneur, n’est-ce pas ? Une formation approfondie et des labels de qualité devraient faire la différence à l’avenir. »
Diane Thijs, fondatrice du HUIDcentrum Vlaanderen, partage également cet avis : « Le HUIDcentrum Vlaanderen a été fondé en 2015 et constitue un réseau d’esthéticiennes diplômées qui souhaitent travailler à un niveau supérieur. Au HUIDcentrum Vlaanderen, ces esthéticiennes peuvent suivre une formation pour devenir HUID!Expert. Une fois qu’elles auront suivi la formation, elles recevront un label. Ce label de qualité – étape intermédiaire entre l’esthéticienne et le dermatologue – est né d’une lacune dans notre secteur. En Belgique, il y a des esthéticiennes et des dermatologues, mais rien entre les deux, comme aux Pays-Bas, où il y a aussi des thérapeutes de la peau qui peuvent résoudre des problèmes moins médicaux. Les dermatologues de notre pays sont surchargés de travail et croulent sous un déluge de consultations. Il s’agit souvent de « cas problématiques » qu’ils préféreraient ne pas traiter ou qui peuvent facilement être traités ailleurs. « Pourquoi ne renvoient-ils pas ces personnes », penserez-vous ? Mais où aboutissent alors ces personnes ? « Chez une styliste d’ongles qui fait des traitements de bien-être en complément, mais qui n’a aucune formation pour donner des conseils appropriés sur la peau ? Ou chez une maquilleuse dans une parfumerie ? Il reste trop de confusion dans toute cette diversité et c’est ce à quoi nous, au HUIDcentrum Vlaanderen, voulons apporter une réponse. »

Des problèmes de peau qui méritent de l’attention

« En tant qu’esthéticienne, vous remarquez qu’il y a beaucoup de différences sur le marché, poursuit Diane Thijs. Il y a des esthéticiennes qui travaillent à un autre niveau par passion, mais qui ne peuvent pas vraiment le faire savoir de quelque manière que ce soit. Nous voulons non seulement fédérer ces personnes, mais aussi les former à un niveau encore plus élevé. Cela ne signifie pas que nos esthéticiennes vont soudainement commencer à travailler avec des injections après avoir obtenu leur label. Au contraire, nous voulons absolument respecter la loi. Notre mission est avant tout d’aider les personnes souffrant de problèmes de peau. Des problèmes de peau pour lesquels il n’est pas nécessaire de se rendre directement chez le dermatologue, mais qui peuvent être parfaitement résolus par un ajustement du plan de soins et du régime alimentaire. Les boutons sur le front, par exemple, ne doivent pas nécessairement être traités par des médicaments. Il est préférable de prévenir les taches pigmentaires, et vous pouvez le faire pour de nombreuses affections cutanées en maintenant simplement votre peau en équilibre… Les problèmes de peau qui nécessitent du temps et de l’attention sont ceux auxquels nous voulons apporter une réponse avec notre groupe de HUID!Experten. »

Jamais les uns sans les autres

Bien qu’ils se regardent parfois en chiens de faïence, médecins et esthéticiennes ne peuvent se passer les uns des autres et leurs activités se chevauchent souvent. « De nombreuses procédures nécessitent moins d’études et plus de temps, de dextérité manuelle ou de travail physique, explique le Dr. Karavani. Une coopération entre le médecin et l’esthéticienne est certainement possible pour tous les traitements qui prennent du temps, comme l’épilation, le drainage lymphatique, mais aussi pour les conseils nutritionnels et les traitements complémentaires, comme les traitements post-opératoires. Les médecins et les esthéticiennes doivent d’abord trouver un terrain d’entente sur lequel ils peuvent travailler ensemble. Une esthéticienne qui épile à la cire, à l’électrolyse et avec un laser simple, mais qui envoie les cas plus compliqués, qui nécessitent une thérapie laser plus profonde avec un laser plus complexe, chez un médecin est pour moi un bon exemple de coopération constructive. L’esthéticienne a donc l’avantage de pouvoir traiter tous les clients en réduisant les risques de complications. Et le médecin peut alléger son emploi du temps en adressant les patients les moins complexes à l’esthéticienne avec l’assurance qu’ils seront traités correctement, car ce sont des cas simples. »

La rééducation comme source d’inspiration

Il existe d’ailleurs une fertilisation croisée entre les deux professions dans de nombreux domaines. De temps à autre, de nouvelles technologies s’infiltrent du secteur médical dans le secteur de la beauté. La dernière nouvelle technologie que nous avons testée et dont nous avons pu découvrir les résultats phénoménaux s’appelle le biofeedback. Cette nouvelle technique offre un moyen naturel de lutter contre le vieillissement et répond donc parfaitement à la tendance et à la demande d’une grande partie de la population pour des méthodes anti-âge plus naturelles. « La stimulation par biofeedback n’est pas nouvelle, explique Ilan Karavani. Cette technologie est utilisée depuis des années dans la rééducation de personnes présentant des symptômes de paralysie ; oui, même chez les enfants. Le mécanisme de biofeedback signifie que nous reconnectons notre peau et nos muscles à notre système nerveux central, de sorte que le corps commence à se régénérer. Ces techniques sont également utilisées en cas de paralysie musculaire après un accident vasculaire cérébral, en cas de spasmes musculaires chez les enfants, mais aussi pour lutter contre les fourmillements des terminaisons nerveuses ou les épaules bloquées. Même des footballeurs de haut niveau comme Lionel Messi jouent aussi bien du pied gauche que du pied droit parce qu’ils les entraînent spécifiquement avec des mécanismes de biofeedback. »
Les médecins ont désormais mis au point une méthode dérivée pour entraîner les muscles de notre visage, avec un rajeunissement pour résultat. C’est sur la base de cette méthode qu’a été créé le Superboost®, une technologie qui établit une connexion entre le système nerveux central et les organes de la périphérie de notre corps. Comment cela fonctionne-t-il ? Tout d’abord, l’esthéticienne insère un liquide contenant des électrolytes dans les pores de la peau à l’aide d’un stylo spécial. Il s’agit souvent d’un cocktail à base de vitamine C qui régénère la peau, mais la rend également perméable à l’électricité. Ensuite, les muscles faciaux (dysrégulés) reçoivent des impulsions locales dans une boucle de biofeedback utilisant l’électrostimulation. « Le biofeedback consiste à reconnecter la peau à soi-même, explique Ilan Karavani. Cette technologie permet d’épaissir les muscles, de leur donner plus de force et d’assurer la relaxation après chaque contraction, de sorte qu’ils ne se contractent plus involontairement et que vous construisez un volume supplémentaire avec en même temps un effet liftant. Les fibroblastes de la peau sont également stimulés afin que la peau gagne en fermeté et en qualité. En d’autres termes, le Superboost® va réaliser un fort effet d’amélioration de la peau et ce, sans avoir recours à des relaxants musculaires de type botox, à des produits de comblement, à des liftings ou à des traitements avec des lasers invasifs. » Cela n’est pas seulement plus accessible pour le client, le traitement lui-même est également plus naturel et offre donc un résultat naturel. Au fil des ans, les muscles de notre visage se relâchent, ce qui entraîne un affaissement de la peau et la formation de rides. Le biofeedback est comme un fitness pour le visage qui entraîne nos muscles et les rend plus fermes. C’est tout le contraire des relaxants musculaires de type botox qui paralysent nos muscles. « Le Superboost® est non invasif, indolore et les principes actifs atteignent une couche plus profonde de la peau que le microneedling et la mésothérapie, poursuit le Dr Ilan Karavani. La méthode peut être utilisée à de nombreuses fins ; il suffit de penser au rajeunissement de la peau, à la réduction des (fines) rides, au lifting des yeux et des sourcils, à la peau irrégulière, aux pores dilatés, à l’acné et à l’amélioration des cheveux (jusqu’à plus de trente pour cent de renforcement). La peau devient plus épaisse, plus élastique et plus douce, et l’acné, les rides, les cernes et les pigmentations sont naturellement traités en profondeur. L’effet du Superboost® est durable et visible après un seul traitement, mais pour une régénération complète des voies neurales, il faut au moins quatre séances. Un peu de patience est donc de mise. En outre, il n’y a pas de contre-indications et il est particulièrement efficace pour certains problèmes pour lesquels pratiquement rien d’autre ne fonctionne. Par exemple, nous pouvons même, grâce au biofeedback, redonner un visage plus symétrique aux personnes dont le sourcil est affaissé à la suite d’une mauvaise injection de relaxants musculaires (botox ndlr). » •