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Le végan, la nouvelle tendance en matière de cosmétiques

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La tendance végane fait désormais partie de notre vie quotidienne et en affecte tous les aspects. Y compris les cosmétiques  ! 

Sylvia Silvester

Les ingrédients d’origine animale sont millénaires

À l’apogée de l’empire égyptien, les soins de la peau constituaient une part importante de la routine quotidienne. Des ingrédients d’origine animale étaient utilisés tels que l’huile animale, le miel, le lait de chèvre et autres (pensez à la fable du bain de lait d’ânesse de Cléopâtre) et le savon fabriqué à partir de graisses animales. Tout au long de l’histoire, les ingrédients d’origine animale sont restés une partie importante des cosmétiques. Ce n’est qu’après 1900 que les produits ménagers tels que les jaunes d’œufs et les graisses animales ont été remplacés par des cosmétiques produits industriellement. Ces derniers, à leur tour, utilisaient également des ingrédients d’origine animale. Une célèbre société flamande de cosmétiques a bâti son développement et sa croissance sur l’utilisation de l’huile de vison, et un leader mondial allemand des cosmétiques a bâti son empire sur une crème contenant de la lanoline (graisse de laine). Mais qu’est-ce que le végan exactement ? Le véganisme est un mode de vie qui tente d’éviter entièrement ou autant que possible l’utilisation de produits d’origine animale. Cela inclut toutes les parties ou extraits du corps animal (graisse, peau, fourrure, extraits de glandes, mais aussi les poils de la fourrure qui sont utilisés pour les brosses et les pinceaux, etc.) ou les produits qui en sont dérivés, ainsi que les produits fabriqués par les animaux, comme les produits laitiers, les œufs et même le miel et la cire d’abeille. Selon les estimations d’une étude nationale iVox, la Belgique compte aujourd’hui environ 225 000 végétariens, 34 000 végétaliens et plus d’un million de flexitariens. En excluant l’utilisation d’ingrédients d’origine animale, la science doit chercher des alternatives non animales valables, et nous découvrons aujourd’hui que le règne végétal peut fournir de bonnes alternatives grâce à l’utilisation d’aliments et de matières d’origine végétale. Par exemple, Stella McCartney, végane avant la lettre, conçoit désormais des sacs « sans cruauté » en similicuir : elle utilise exclusivement des matières et des revêtements d’origine végétale qui copient si bien le cuir véritable qu’elle-même ne peut souvent pas faire la différence. 

Penser différemment

La récente pandémie de Covid a provoqué un changement majeur dans notre façon de penser. Un porte-parole du label V, l’Union végétarienne européenne (EVU), qui chapeaute de nombreuses organisations européennes actives dans le domaine du végétalisme et du végétarisme, déclare ce qui suit : « Les consommateurs sont devenus plus conscients de ce qu’ils mangent, boivent et mettent sur leur peau pace qu’ils passent beaucoup de temps à la maison. La tendance est claire : ils veulent plus de produits naturels, moins de produits chimiques et d’ingrédients d’origine animale. Ces nouveaux consommateurs sont soucieux de leur propre santé et sécurité et de celles de leurs animaux. » Cela ne se fait pas au détriment de l’utilisation des cosmétiques : l’un des plus grands fabricants de cosmétiques au monde a enregistré une augmentation des ventes nettes de 13,9% l’année dernière, mais le marché est en train de changer. Selon Cushman and Wakefield RED, nous pouvons nous attendre à un solide glissement des produits d’origine animale vers les produits d’origine végétale. Et ce dans tous les segments des cosmétiques. Actuellement, 35% des ventes de cosmétiques véganes concernent les produits de soins de la peau. Néanmoins, au niveau mondial, les cosmétiques véganes ne représentent actuellement que 2% de l’ensemble du marché, mais il y a de la place pour la croissance, simplement parce que les consommateurs le demandent. Au passage, signalons que l’Europe représente 22% des achats de cosmétiques véganes. « Un produit ou une marque portant un label 100% végétalien (ou végétarien) est considéré comme quelque chose qui fait la différence sur le marché et il est donc recherché, précise encore le porte-parole de l’EVU. C’est pourquoi nous avons créé le V-Label : lorsque les consommateurs achètent des produits végétaliens ou végétariens, 91% d’entre eux choisissent un produit avec un certificat. » Dans le monde entier, plus de 10 000 produits et services de plus de 1 000 détenteurs de licence portent actuellement le V-Label. Et le label est enregistré dans 27 pays différents.

Indépendamment du fait que tout le monde est contre la souffrance animale, les motivations sous-jacentes des personnes qui choisissent les cosmétiques véganes sont aussi que nous voulons réduire notre empreinte écologique, que nous sommes conscients que les ressources de la terre ne sont pas inépuisables et que nous recherchons la simplification, des solutions plus naturelles et plus organiques à nos problèmes de beauté. 

En ce qui concerne l’expérimentation animale, il est illégal dans notre pays et en Europe de tester les cosmétiques sur les animaux depuis 2013. Et là aussi, l’industrie a découvert qu’il est parfaitement possible de développer des méthodes de test alternatives. Plusieurs scientifiques de Janssen Pharmaceutica à Beersel se consacrent exclusivement à la mise au point de méthodes de test alternatives afin d’éviter l’expérimentation animale. Est-ce à dire que vouloir, c’est pouvoir ? 

Les consommateurs sont devenus plus conscients

Substituts dignes de ce nom

Remplacer les ingrédients d’origine animale par des ingrédients d’origine végétale est un véritable défi pour l’industrie. Mais la recherche mène également à des découvertes surprenantes. Quelles sont les substances actuellement à l’étude ? Le cannabidiol (CBD) est l’un des composants présents dans la plante de cannabis. Les cosmétiques à base de cannabidiol gagnent en popularité grâce à leurs propriétés anti-inflammatoires et antioxydantes. Les crèmes, les crèmes hydratantes, les masques, les lotions pour le corps et les baumes à lèvres contenant du CBD réduisent les rougeurs, ont un effet tenseur et stimulent la production de collagène. Il est utilisé aujourd’hui comme substitut de la cire d’abeille (entre autres chez Paula’s Choice : huile de CBD + rétinol, Babor et Absolution). Les champignons sont un autre substitut : Shiitake, Tremella, Reishi, Chaga et autres ont un effet positif sur la peau et contribuent à l’hydrater, à l’adoucir et à la purifier. La stévia est un autre nouveau venu. Découverte chez nous – grâce à une recherche belge à l’Université de Louvain ! – comme un bon substitut du sucre, les extraits de cette plante sont également utilisés aujourd’hui comme adoucissant de la peau et remède antirides. La plante stévia est originaire d’Amérique du Sud, mais aujourd’hui elle est aussi largement cultivée dans la région de Bordeaux. 

Nous pouvons nous attendre à un solide changement

Petit tour d’horizon

Passer à des ingrédients végétaliens signifie un grand changement pour la plupart des marques. C’est pourquoi nous n’avons pas encore beaucoup de marques proposant des produits végétaliens. Lisine avec la Green Line est l’une d’entre elles. Une autre marque qui propose un grand nombre de produits végétaliens dans sa gamme est la française Absolution (Le Soin des Mains, Le Savon Blanc, Le Soin Purifiant, la Crème du Teint, etc.), mais le travail est en cours et de nouveaux produits végétaliens sont ajoutés quotidiennement. Babor a un certain nombre de produits dans sa gamme qui portent la mention « convient aux végétaliens ». Ahava travaille avec des ingrédients végétaliens et respectueux de la nature ; Yonka utilise 80% d’ingrédients végétaliens. Bernard Cassière a mis sur le marché une belle gamme de Muesli Nutri-Sensibilité à l’extrait d’avoine. En revanche, le miel maison ne le rend pas végétalien pour autant. La marque Biosolis a récemment lancé une gamme de protections solaires végétaliennes. Et des parfums végétaliens rappelant la Méditerranée sont même apparus sur le marché entre-temps. Ou pour reprendre les mots d’un des chercheurs : « La nature a une solution pour tout… »

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Interdire les ingrédients d’origine animale

Que dit l’emballage ? Grâce à la législation européenne, chaque produit cosmétique indique aujourd’hui les ingrédients utilisés sur l’emballage. Voici une liste d’ingrédients d’origine animale qui ne doivent pas être présents dans un produit cosmétique végane, car ils ont tous une origine animale :

• Cire d’abeille (beeswax, cera alba)
• Miel (honey, mel)
• Carmin (carmine, CI75470)
• Kératine (keratin)
• Lanoline (lanolin, lanolate)
• Soie (silk)
• Œufs
• Castoréum
• Collagène animal
• Poils et plumes d’animaux
• Élastine ou collagène d’origine animale
• Acide hyaluronique animal (peut parfaitement être produit de manière synthétique)
• Caviar
• Propolis
• Gomme-laque
• Cochenille (une teinture rouge coûteuse
provenant de poux vivant sur des cactus)
• Bave d’escargot
• Venin de serpent
• Acide stéarique
• Suif
• Chitine (dérivé de l’exosquelette de crevettes, de homards et de crabes et utilisé comme matière première pour la production de glucosamine)

Et cette liste n’est certainement pas exhaustive… Vous trouverez de plus amples informations sur le site de l’organisation de défense des droits des animaux PETA (People for the Ethical Treatment of Animals).