Dossiers

Feu vert pour la cosmétique végétale


La beauté se « végétalise » toujours plus en 2021. Si la crise sanitaire a été un accélérateur en donnant à tous des envies de jardin et de nature, c’est désormais l’ensemble de l’industrie cosmétique qui veut voir la vie en vert. Rien de plus grisant que le « green » pour rendre le moral à votre institut et à vos clientes…

Par Catherine Malaise

Entre les humains et le végétal, c’est plus qu’une affaire de cœur : nous avons 26% d’Adn en commun ! Le concept de la cosmétique verte – copier des mécanismes de protection et de réparation des plantes pour les transposer à la peau – relève donc d’une logique naturelle. Mais, en aucun cas, nouvelle. Depuis des années, les hydratants, anti-âge et anti-pollution volent les stratagèmes que les plantes développent face aux agressions environnementales. Le lotus qui pousse dans la boue sans se souiller, la rose de Jéricho qui reverdit à la première goutte d’eau après s’être desséchée comme une boule de ronces et d’autres végétaux en ont fait les frais ! Pourquoi consacrer un dossier à l’herbier de la beauté ? Parce que le sourcing d’actifs végétaux devient un passage obligé face à un besoin croissant d’authenticité, de naturalité, durabilité et transparence. C’est un effet colatéral de la pandémie qui a profondément ébranlé les habitudes de consommation. Selon une enquête menée aux USA, 42% des consommateurs considèrent que la naturalité est l’une des caractéristiques les plus importantes pour un soin de la peau. Ce sont les plus jeunes – l’insaisissable génération Z – qui se disent les plus prêts à payer davantage pour avoir des produits durables. C’est aussi cette génération qui a laissé des kilos de détritus derrière elle après leurs fêtes dans les parcs à Bruxelles et Liège ! Une contradiction qui risque d’être balayée par un « OK boomer »…

Aux grands maux, les grands engagements

Qu’importe ce fossé entre les revendications et le vécu réel de la génération à choyer, les poids lourds de la cosmétique décident de jouer le jeu. En mars, le groupe L’Oréal dévoilait ses engagements d’ici 2030 pour prendre part à la mouvance du moment : 95% d’actifs issus de ressources végétales renouvelables ou de procédés circulaires, 100% de formules biodégradables et sans impact négatif sur l’environnement. Son département Recherche & Innovation est prié de piocher les Green Sciences. Lancôme s’engage à développer des formules plus vertes pour protéger la biodiversité et à cultiver localement certaines matières premières. Chez LVMH, Guerlain promet un minimum de 90% d’ingrédients d’origine naturelle (dès que cela est possible) dans chaque nouvelle formule de maquillage.


Retour à la sagesse des circuits courts

La crise du Covid-19 a mis en lumière les écueils de la mondialisation. On a découvert avec effarement que de nombreux principes actifs pharmaceutiques (dont l’Aspirine) sont produits en Inde ! L’industrie cosmétique n’a pas échappé au ralentissement de ses approvisionnements. En particulier, depuis Madagascar dont la pharmacopée traditionnelle fournit de nombreux extraits de plantes. Toute l’île est une source fantastique d’actifs : elle regorge de 14.000 espèces végétales et de 6500 à usage médicinal. Après plus d’une année de pandémie, l’instabilité actuelle incite les fabricants d’actifs à s’intéresser à nouveau aux végétaux proches et familiers. La prudence en matière de livraison n’est pas l’unique raison : la tendance « terroir » réserve vraiment de bonnes surprises.

Les nouvelles fleurs-soins : champêtres et alpines

En misant moins sur l’exotisme botanique, les chercheurs et les labos fournisseurs d’actifs ont découvert des propriétés insoupçonnées de deux fleurs :


Le bleuet : vos clientes ont déjà toutes utilisé de l’eau de bleuet pour décongestionner leurs yeux. La fleur bleue des champs peut aussi raffermir et lisser leur peau. Un fabricant d’actifs français y a découvert de la vitamine C qui aide les cellules à mieux fonctionner. Riche en polyphénols et flavonoïdes, le bleuet lutte contre le vieillissement cutané et exerce une action sur le teint en régulant la mélanine. Alliée des solutions oculaires, eaux florales et soins anti-poches, la modeste fleur s’apprête à devenir, en plus, une grande alliée de la cosmétique. A condition de la cultiver (bio) car les pesticides l’ont fait presque disparaître de nos campagnes.


La rose des Alpes :
une plante typique des Alpes suisses, championne des mécanismes de protection à force de devoir résister aux conditions environnementales de la vie entre 1500 et 2000 mètres d’altitude. Le froid, le vent, les écarts brutaux de température, l’ensoleillement massif lui font produire des stocks d’antioxydants très efficaces pour éliminer les cellules sénescentes. Des cellules pas tout à fait mortes, mais plus complètement vivantes qui « contaminent » les cellules saines en y générant du stress oxydatif. Conséquence : une perte d’élasticité. Ce sont des cellules zombies n’ayant rien à envier à leurs homologues du cinéma ! Les peaux jeunes s’en débarrassent sans problème grâce à leur système immunitaire. Les peaux matures (ou exposées excessivement au soleil) accumulent en revanche les cellules sénescentes. Leur trop grand nombre entraîne une inflammation chronique et accélère les signes de vieillissement en dégradant le collagène. Plusieurs extraits de plantes ont été testés pour détruire les cellules zombies de façon ciblée. Issu de la rose alpine, l’Alpine Rose Active a été le plus efficace. Il combat également la « carbonylation » des protéines responsables de l’altération du teint. Double bingo !

Retour aux fondamentaux via le végétal

On assiste à un regain d’intérêt envers les actifs classiques connus de tous : les labos utilisent le végétal pour raviver leur utilisation.

Voici ceux qui repassent par la case verte…
Le squalane : cet émolliant et agent hydratant a longtemps été puisé dans le foie des poissons. A présent, les squalènes végétaux 100% biodégradables sont devenus la règle. Leurs lipides similaires à ceux du film hydrolipidique leur assurent une excellente affinité avec la peau. Les formules soins des peaux sensibles et réactives en contiennent souvent. Ils sont issus de la fermentation du sucre des plantes ou bien des déchets revalorisés (et filtrés) de la production de l’huile d’olive alimentaire.
Les céramides : ces actifs traditionnels chargés de renforcer la barrière cutanée étaient autrefois prélevés dans la moelle épinière de bœuf. En utilisant la méthode de synthèse enzymatique sans solvant, on les obtient facilement aujourd’hui à partir de l’huile végétale de carthame.


Le rétinol : une super star de l’anti-âge des années 1990 ! Cette molécule puissante, mais fragile, bénéficie actuellement d’un vrai retour en grâce et redevient omniprésent pour améliorer la texture de la peau et lisser les rides. La preuve : c’est l’un des ingrédients cosmétiques les plus recherchés sur Google et les plus discutés sur les réseaux sociaux (+ 730% fin 2019. Source : Social Listening Face Care, CDO Team L’Oréal). Deux tendances s’affrontent : le rétinol pur ou dans sa version végétale. Le Bakuchiol est l’actuelle alternative au rétinol. Un antioxydant « sourcé » dans différentes plantes comme la Vigna Aconitifolia riche en vitamine A naturelle. Bien que non irritant, le rétinol végétal ne dédaigne pas l’aide d’autres végétaux : le squalane d’olive le rend plus hydratant, la criste marine et les extraits d’algues lui permettent d’estomper rides et poches de la zone délicate du contour de l’œil. Associé, le rétinol pur lui-même accepte le coup de pouce végétal du cannabidiol : bonne idée car la molécule active du chanvre calme l’hypersensibilité cutanée. Les alginates provenant des algues peuvent l’entourer d’un réseau de polymères pour l’encapsuler dans des patchs à diffusion intelligente.

Bon plan des plantes : préserver les ressources et la planète

Les méthodes d’obtention des actifs sont au cœur du débat de la durabilité. On reproche à la synthèse chimique d’être très énergivore et d’avoir une empreinte écologique assez négative. Plus dans l’air du temps, l’extraction végétale n’est pas forcément écologiquement neutre : elle mobilise des terres arables, utilise des solvants (heureusement organiques), etc. La fermentation – procédé vert ancestral devenu « tendance » – est une solution à considérer. Vos clientes ont vu une pub TV les invitant à « oser la fermentation des fleurs pour des actifs plus puissants » ? Vous allez pouvoir tout leur expliquer ! Les ingrédients fermentés possèdent, en effet, un fort pouvoir antioxydant contre les effets des radicaux libres et protègent la peau en consolidant le film hydrolipidique. La fermentation est un processus naturel, sans intervention, mais qui demande beaucoup de temps et de surveillance. Il suffit de mettre les matières premières (fleurs, fruits, canne à sucre, betterave, huiles d’olive/argan/carthame) en présence d’une culture de bactéries (des sucres végétaux) et de laisser faire la nature. Une fois le processus terminé, les ingrédients fermentés sont filtrés pour retenir les actifs qui seront ensuite purifiés. C’est ainsi qu’on obtient des huiles végétales actives 10 fois riches en oméga 6 et 9, la vitamine B7 et la quercétine issue du thé vert, des myrtilles et canneberges. Ce flavonoïde aux puissantes vertus anti-inflammatoires est intégré aux anti-âge et parfois, aux solaires. Le tout, avec une réduction très significative de l’impact environnemental. D’un faible rendement, la production classique de quercétine nécessite de grandes quantités de matières végétales. Le processus de la fermentation mobilise 180 fois moins de terres arables par kilo d’actif et 60 fois moins de solvants organiques !


Chaud cacao !
Le CBD est déjà concurrencé sur le terrain de la relaxation cutanée par un revenant : le cacao. Les fèves de la variété « Criollo » contiennent des molécules bien-être. L’une d’elles, l’anandamide, active les récepteurs aux cannabinoïdes présents dans certaines cellules épidermiques. Ce neurotransmetteur offre donc une alternative au CBD en réduisant les contractions musculaires et les tensions cutanées. Le cacao rassure car il évoque juste la gourmandise…


La gestion verte de l’eau

Il y aura de moins en moins d’eau douce utilisable, alertent les écoconscients. Ils reprochent donc aux soins cosmétiques d’ouvrir trop largement le robinet. Elle est, en effet, presque toujours en tête des listes d’ingrédients. Pour répondre à cette problématique, un fournisseur breton d’actifs marins (adepte des récoltes raisonnées) propose de la remplacer par l’eau cellulaire issue d’algues. Les plantes de la mer en contiendraient entre 80 et 90 % ! Pas de réel bénéfice pour la peau, mais un bonus en termes de naturalité : les eaux d’algues (10 à 50% du volume de la formulation) sont labellisables bio (Cosmos et Natrue). En revanche, les eaux florales provenant de la distillation des huiles essentielles peuvent apporter des actifs, tout en remplaçant jusqu’à 100% l’eau pure d’une formule. Les marques aiment utiliser ces « eaux actives » pour leurs vertus purifiantes, anti-inflammatoires, régénératrices, antiseptiques, antioxydantes, séborégulatrices. Les plus nouvelles sont :


l’eau de bambou : revitalisante et anti-inflammatoire, redonne de l’éclat et apaise la peau (soins peau irritée, illuminateurs du teint).


l’eau de menthe poivrée : réparatrice, antimicrobienne, aide à restructurer la peau (soins apaisants des peaux fragiles et sensibles).


l’eau de tilleul : détoxifiante et séborégulatrice, lutte efficacement contre le stress oxydatif (soins peaux mixtes et grasses, nettoyants).


l’eau d’immortelle : antioxydante et apaisante, apaise les peaux sensibles et nettoie en profondeur grâce à ses propriétés antivirales (nettoyants, soins peaux irritées).


Derniers conseil Animal contre végétal : on est mal ?

Les vertus du virtuel : la pandémie a boosté la communication online. Les outils digitaux sont un moyen de créer du lien avec vos clientes et d’exhorter les plus frileuses à revenir en institut. Point positif les services de création N’en déplaise aux vegans, cela fait belle lurette que les marques cosmétiques n’utilisent plus d’extraits placentaires d’animaux. Cette pratique avait débuté au cours des années 1950 et pire encore… avec des placentas d’origine humaine ! Le but était de transfuser à la peau leurs gammaglobulines qui maintenaient les cellules en vie. Le liquide amniotique bovin, plus largement disponible, sera ensuite à la base de nombreuses crèmes anti-âge. Autre époque, autres mœurs cosmétiques ! Au début des années 90, la crise de la vache folle imposera un revirement drastique à la recherche d’actifs. A partir de là, les sources animales seront progressivement éliminées par des actifs obtenus par synthèse chimique (les céramides), biosynthèse (l’acide hyaluronique) et surtout par l’utilisation plus systématique du végétal. Les années 2000 verront les prémices de la cosmétique bio et l’arrivée d’une substance très particulière : le « placenta végétal ». On le doit à un passionné de la botanique, le Dr Bernard Guinot. Il eut l’idée d’utiliser les nutriments essentiels contenus dans les tissus végétaux à l’état natif (bref, les bourgeons) : acides aminés, peptides, minéraux. Logé sous le pistil des bébés plantes, le placenta végétal leur sert de liquide nourricier pendant leur croissance. Autrement plus frais et rassurant que les « amnio crèmes » vintage !!!

Qui imprime votre magazine Pro Esthetic ?

Un Ambassadeur du Climat !
Bravo à l’imprimerie Van der Poorten élue « miK Climate Ambassador 2020 ». Les votes en ligne et le jury d’experts de la province du Brabant flamand et du point Information Environnement miK des PME ont récompensé ses efforts clairs envers le climat. Depuis 2015, l’entreprise travaille de façon climatiquement neutre. « Nous utilisons du papier issu de forêts gérées durablement et des encres végétales. Chaque année, notre empreinte écologique est calculée afin de la compenser et de continuer à imprimer sans impact négatif sur le climat. L’inévitable gaspillage de papier est réduit au minimum et nous travaillons avec une énergie 100% verte grâce aux 1396 panneaux solaires installés sur notre toit », explique le directeur Filip Van Wezemael. De quoi rendre aussi votre magazine Pro Esthetic aussi green que beau…

Shopping green

A fleur(s) de peau
Dans la Crème Tensiale et le Masque Remodelant Profermeté Anny Rey Monaco, un extrait de pivoine aide à retrouver densité et élasticité. L’acide hyaluronique, les huiles de jojoba et d’amande douce l’assistent dans sa mission raffermissante. Maria Galland Paris mise sur le complexe 4 fleurs et les antioxydants Lumin’Eclat pour unifier, illuminer et énergiser la peau (361 Crème Insta-Glow, 380 masque de nuit récupérateur). Concentré de technologie, la crème de nuit resurfaçante detox NO2ctuelle Sothys contient un extrait de capucine : ses A-glucanes activent la récupération cellulaire nocturne, via une utilisation optimale de l’oxygène.


Naturalité des huiles
Légendaire depuis 60 ans, l’huile nettoyante Hy-Öl Babor est un cocktail hydrophile de soja, sésame, arachides et quillaja. Elle laisse un visage agréablement propre, après avoir été massée avec un second produit (Phytoactive) adapté au type de peau. Les cosméceutiques anti-âge Medik8 déploient l’alternative végétale du rétinol dans le Sérum Bakuchiol Peptides. Pour repulper rides et ridules, réduire les rougeurs et désamorcer les excès de mélanine, ce soin adoucissant allie la centella asiatica à l’une des sources les plus élevées d’omega 3 : l’huile des graines d’Inca Inchi. Antioxydante et fabuleuse pour freiner le vieillissement cutané lié aux radicaux libres ! Marque sensorielle à souhait avec plus de 90% d’ingrédients d’origine naturelle, Baija injecte huile de coco et karité dans ses gommages, crèmes et huiles corps. Leurs noms et senteurs emportent les sens vers des destinations de rêve…


Allo, l’aloe vera ?
Du jus pur bio qui remplace l’eau et transporte les actifs en profondeur : c’est la force des soins Pharmos Natur. Idéale contre la cellulite à l’approche de l’été, la Love Your Age Décolleté & Body Cream peut ainsi désengorger le tissu conjonctif et faire circuler une nouvelle énergie. Chantre d’une beauté naturelle, Bernard Cassière a créé la Crème et la Crème Sorbet Haute Hydratation Bambou-Aloe Vera bio. Le duo gorge la peau de vitamines, minéraux et acides aminés indispensables à l’éclat.
Malu Wilz préfère associer l’aloe vera à l’ananas et au concombre dans une nouvelle ligne de soins idéale pour les adolescents et jeunes adultes. Naturelle et végan, elle est forcément tendance en plus d’être efficace, d’excellente qualité et abordable. A domicile ou lors du protocole cabine, les cinq produits de soin « Aloe Vera » assurent hydratation, réparation, protection et purification. Le combo parfait en été et lors des jours plein soleil !


Phyto futé
La marque Payot n’oublie pas son héritage herboriste. Résultat, une nouvelle routine vitaminée bonne mine : crème, gelée, stick regard SOS fatigue, masque Sleep & Go, soin teinté perfecteur C.C. Cette ligne My Payot Glow rayonne de super-ingrédients bio : extraits de grenade, baies de goji et d’açaï. Experte des peaux à problèmes, Nimue Skin Technology leur réserve des combinaisons d’actifs efficaces. Pour exfolier en douceur : des enzymes d’orange, ananas, papaye. Pour renforcer la barrière cutanée : des phytocéramides. Pour activer les fonctions cellulaires, un extrait de plancton protégeant aussi des infra-rouges (Nimue Element Barriere). Une jolie peau saine, c’est le mantra Absolution. Fondée par une Française passionnée de botanique, la marque propose une naturalité raffinée (certifiée bio) où la délicatesse des textures et senteurs est préservée. Le Soin Repulpant, masque hydratant intense bioconcentré et pro-âge, est l’un de ses best-sellers. 99% d’ingrédients naturels chargés de redensifier et lisser la peau : Prêle (silicium), jeunes pousses d’alfalfa (vitamine U, facteur de croissance de l’épiderme), bourgeons de hêtre, etc.