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Au secours. Ma cliente se dit allergique  !

© AdobeStock –  Oleg Gekman

C’est la hantise de toute esthéticien·ne de voir arriver un·e client·e de fort mauvaise humeur qui déclare avoir développé une allergie à cause d’un soin ou d’une crème. Comment réagir pour la calmer, l’informer, la conseiller et stopper net son envie de discréditer votre institut ? Ce dossier réunit un maximum d’éléments afin que vous ne soyez plus allergique… aux plaintes d’allergie !

Catherine Malaise

Elle est là, en face de vous, prêt·e à vous clouer au pilori pour lui avoir vanté les mérites du traitement anti-âge qui lui aurait causé irritations, plaques rouges, démangeaisons et picotements. Selon iel, aucun doute possible : c’était une allergie. Cela devait bien lui arriver un jour, puisque les cosmétiques entraînent ces cuisants désagréments chez 15 à 20 % de la population générale. Si, si iel l’a lu ! Il s’agirait d’une véritable épidémie d’allergies cutanées alors que la seule étude sérieuse qui existe indique plutôt 0,02 à 0,03 % de cas avérés confirmés par un dermatologue. Les vraies allergies sont donc rares et contrairement à ce que la·le client·e fâché·e soutient, l’industrie cosmétique met tout en œuvre pour les éviter. De plus, les autorités de contrôle surveillent en permanence la mise sur le marché des produits de beauté. Crise sanitaire aidant, le marketing de la peur a néanmoins fait son œuvre et entretient une confusion fréquente sur les allergènes.

Allergène : un mot qui rend méfiant

Allergène et allergie, ça se ressemble beaucoup côté vocabulaire. On peut en déduire, à tort, qu’un allergène déclenche automatiquement une allergie. La méprise sur le sens exact du mot est compréhensible. Voici la bonne définition : « un allergène est une substance étrangère à l’organisme pouvant provoquer chez les sujets prédisposés une réponse exagérée du système immunitaire à leur contact ». Si les allergènes possèdent un potentiel allergisant chez les personnes qui y sont sensibles, ils sont tout à fait inoffensifs pour les autres. 

Comment savoir si on est prédisposé ? Toute la difficulté est là. Une fois déclarée, l’allergie à une substance se réactive à chaque nouveau contact. Pour s’en prémunir, il suffit de chercher celle-ci dans les listes (INCI) d’ingrédients. Situation plus compliquée : une réaction cutanée allergique à une molécule peut parfois survenir après des années d’utilisation sans problème de soins qui la contiennent. L’organisme se sensibilise incognito jusqu’au jour où son capital de résistance est épuisé. La·le client·e qui s’est ainsi « construit·e » un terrain allergique va se plaindre que la formule de sa crème favorite a été modifiée. On parie ?

Bye bye Lyral  ! Trop sensibilisant, ce parfum de synthèse qui fleurait bon le muguet a été interdit en 2021 

© AdobeStock – kaedeezign

Combien d’allergènes ? La Commission Européenne tient les comptes

Au printemps 2022, il y avait 26 allergènes ou sensibilisants « étiquetés ». C’est-à-dire soumis à l’obligation européenne de figurer dans les listes « INCI » des packagings afin d’avertir l’utilisateur à risque de la présence de composants allergisants. Le plus souvent, ce sont des conservateurs et agents parfumants, indiqués en bout de liste en raison de leur très faible dosage. Cette liste fait actuellement l’objet d’une révision : 57 autres allergènes seraient dans le viseur de la Commission Européenne. Tous les allergènes ne sont pas « incinéables » comme les complexes d’actifs. Lors du mélange, leurs interactions peuvent, en effet, générer des allergènes non prévus dans la phase de développement de la formule. 

Heureusement, la sécurité, ça se teste  ! 

Si une certaine presse s’évertue à dénigrer le secteur cosmétique, ce n’est pas dans l’intérêt des marques de contourner les interdits. Elles soumettent leurs produits finis à des tests destinés à vérifier l’absence de réactions allergiques lors de leur utilisation. Nombre d’entre elles s’adressent au laboratoire français SGS, leader mondial du testing, de l’inspection et de la certification. Spécialisé dans les analyses chimiques, physiochimiques et écotoxicologies depuis plusieurs décennies, il traite 50 000 échantillons par an. Sa méthode incluant techniques chromatographiques et spectrométrie de masse permet de détecter et de quantifier – même à l’état de traces – les substances visées par les réglementations. 

Tester « cruelty free »

Pour détecter les sensibilisants cutanés, l’Union Européenne a validé plusieurs méthodes de tests in vitro, en alternative aux expérimentations animales. Depuis peu, elle soutient deux nouvelles méthodes in vitro : le LU Sens et le U-Sens dont le concept consiste à surveiller les variations de comportement des cellules de surface. 

L’allergie au parfum est la plus répandue des allergies cutanées

Veni, vidi, INCI*… pas si simple !

Pour un·e client·e sujette aux allergies, être attentif·ve à la liste INCI (International Nomenclature of Cosmetic Ingredients) relève vite du casse-tête chinois. Devenue obligatoire en 1988, elle fourmille de pièges : noms en anglais ou en latin, abréviations mystérieuses comme les MIT. Késako ? Un conservateur de synthèse « remplaceur » des parabens : le Methylisothiazolinone susceptible d’irriter les peaux à risque en cas de contact prolongé. Les PEG (pour polyéthylènes) sont des émulsifiants, émollients et épaississants. Les DEA, MEA et TEA, des agents moussants. Depuis les années 2000, plusieurs conservateurs de type paraben ont été interdits sous la pression du grand public. Les plus inoffensifs demeurent efficaces contre les contaminations microbiennes et sont encore autorisés : éthylparaben et méthylparaben. Vu que leur patronyme a mauvaise réputation, ils apparaissent dans la liste INCI sous leurs noms scientifiques : paraoxybenzoates d’éthyl/de méthyl, éthyl/méthyl 4-hydroxybenzoate ou encore E214, E-215, E-218, E-219. 

*Inspiré de la locution latine : « je suis venu, j’ai vu, j’ai vaincu »

Les applis beauté, une fausse bonne solution 

Yuka, Cleanbeauty, QuelCosmetic : elles passent au crible les listes INCI pour donner leur verdict « bon, pas bon, douteux, mauvais, nocif ». Une personne déjà sensibilisée, allergique ou bien encore décidée à se méfier de tout peut penser que se connecter à une appli est « LA » solution. On scanne la liste et le tour est joué. Hélas, non. La fiabilité de ces systèmes de décryptage et de notation pose question : leur algorithme repère juste la présence d’ingrédients incriminés (les 26 allergènes répertoriés par la CE) sans prendre en compte leur dosage. Résultat, des jugements sans appel alors que la quantité change tout en matière de tolérance et de toxicité ! Exemple : conservateur et agent hydratant, le Caprylyl Glycol peut être irritant à partir d’une certaine concentration. Pourtant, des marques naturelles n’hésitent pas à l’utiliser en substitut des parabens dans des soins testés sur peaux sensibles et poly-allergiques ! Lesquels se retrouvent mal notés par les applis…

Conclusion : mieux vaut se fier à la réglementation européenne qui encadre les pourcentages des molécules sensibilisantes. Boostées par la crise sanitaire, les exigences de transparence et d’innocuité ont fait le succès des applis. Autre moyen de s’informer : le site febea.fr de la Fédération des Entreprises de la Beauté. Chacun peut y consulter librement ses explications claires sur les actifs, leur origine et leur fonction. Sa base de données comporte 25 000 ingrédients pour que les Sherlock Holmes de la beauté mènent l’enquête…

Merci, le Safety Gate

Chaque semaine, ce portail officiel veille à la sécurité sanitaire des cosmétiques sur le territoire européen. Il recense les non-conformes au « Règlement Cosmetics » de la CE et/ou dangereux, ceux potentiellement contaminés par une bactérie ou encore ceux dépourvus de « Dossier d’Information sur le Produit ». Obligation préalable à une mise sur le marché, ce document doit prouver que le cosmétique répond aux directives européennes, notamment en termes d’irritation ou de sensibilité de la peau. Le système d’alerte rapide du Safety Gate permet aux autorités d’ordonner à temps une interdiction de commercialisation, un retrait du marché ou un refus d’importation. En cliquant sur
https://ec.europa.eu/safety-gate-alerts/screen/webReport, nous avons suivi les candidats « recalés » : aucune marque connue n’en faisait partie. La majorité provenaient de pays où les notions de sécurité cutanée sont éloignées des nôtres : Côte d’Ivoire, Togo, Albanie, Inde, Pakistan, Chine, etc. 

Le risque zéro n’existe pas

Les dermatologues sont les premiers à le reconnaître.
« Dans l’absolu, on peut être allergique à tout, même à un produit hypoallergénique », estime l’un d’eux. C’est rare, mais possible pour les peaux vraiment malchanceuses. Le risque s’avère toutefois limité puisque les soins hypoallergéniques sont formulés sans parfum, sans conservateurs et sans tensioactifs. Depuis l’été 2019, l’allégation « hypoallergénique » est beaucoup plus réglementée que par le passé où elle se limitait à une mention rassurante, sans obligation de résultat. Les autorités de contrôle imposent désormais des critères très stricts :
#Une marque affirmant qu’une gamme est conçue pour minimiser les allergies des épidermes prédisposés doit en apporter la preuve tangible (tests). La démarche est identique pour les allégations « haute tolérance » et « peau sensible ».
#Le produit ne peut contenir aucun allergène potentiel reconnu, ni de précurseurs d’allergènes identifiés par les autorités de contrôle, la littérature scientifique, voire de simples doléances de consommateurs.

Astuce tolérance : tester un soin visage pendant 10 jours sur le pli du coude

Bio, clean beauty, dermopharmacie : pas de mésaventures cutanées ?

Le climat anxiogène de la pandémie a favorisé les marques cosmétiques bio, de clean beauty et dermopharmaceutiques. Aucune ne peut promettre (et d’ailleurs, aucune ne s’y risque) que ses produits mettront tout le monde, tout le temps, à l’abri de toute possibilité d’allergie, sensibilisation ou irritation. Les marques bio et « green » férues d’allégations « Sans… » ont souvent recours aux huiles essentielles pour remplacer les parfums de synthèse. Dans ce cas, malgré la douceur et la naturalité de la formulation, leurs soins ne sont pas dénués d’éléments sensibilisants. Les composés volatils d’huiles essentiels tels que le citrol, citronellol, linalol, geraniol et d-limonène font partie des allergènes référencés ! A bannir, alors ? Non, juste à surveiller et éviter par les personnes qui y ont trop sensibles. 

Allergie ou pas  : faire le bon diagnostic 

La peau s’irrite parfois intensément pour d’autres raisons que le contact avec un allergène cosmétique. Reflet de notre vie intérieure, elle peut « surexprimer » stress intense et angoisses. Les souffrances psychiques sont alors capables de la rendre plus sèche, plus rouge, plus grasse et d’aller jusqu’à aggraver des dermatites de type inflammatoire. 

Bien qu’elle partage rougeurs, picotements et sensations cuisantes avec les peaux sensibles et réactives, les problèmes de la peau allergique sont d’une toute autre nature. Une peau sensible hérite d’une prédisposition épidermique, tandis qu’une peau réactive réagit de manière excessive, mais passagère, aux variations de l’organisme : arrivée des règles, repas trop épicé, mauvaise digestion, etc. Quant à la peau allergique, son système immunitaire développe une réponse anormale à une substance qu’il va identifier et reconnaître ensuite comme indésirable. Après une 1er phase de sensibilisation, la peau passe à la 2e phase si les contacts ont lieu de façon répétée. L’allergie une fois installée, le moindre nouveau contact peut déclencher une réaction plus marquée : dermatite inflammatoire, éruption cutanée, urticaire, eczéma. À ce stade, l’allergie est uniquement de la compétence d’un dermatologue. Ce praticien est seul à pouvoir identifier avec certitude la substance coupable.

© Malu Wilz

Stratégies anti-sensibilisation cutanée 

TOP 8 des précautions qui peuvent aider les peaux allergiques, ultra sensibles ou réactives à bien vivre au quotidien :

#1 – Démaquiller la peau en douceur avec un lait démaquillant ou une huile plutôt qu’avec une eau micellaire pas forcément sans conservateurs.

#2 – Préférer les formules courtes. Moins d’ingrédients (20 à 30), c’est logiquement moins de risques et plus de facilité pour identifier, au besoin, l’actif sensibilisateur. La·le client·e aura le choix : la volonté de simplifier les formules est devenue une vraie tendance, même dans le secteur du luxe. Pour le cosmétologue Lionel de Benetti, les formules ne sont pas extensibles à l’infini : « additionner les actifs empêche de les doser à une concentration optimale et leurs risques accrus d’incompatibilité oblige à utiliser davantage de conservateurs. »

#3 – Pratiquer le skipcare. Ce courant préconise de se limiter à 2 ou 3 soins essentiels afin de laisser la peau s’autoréguler. Un « jeûne cutané » plein de bon sens pour les peaux fragiles : moins elles sont en contact avec des produits différents, moins elles risquent d’en croiser un qui les sensibilise

#4 – Programmer des cures « mono-ingrédient » 
à action ciblée : hydratation, éclat, densification. 

#5 – Respecter la date de péremption et la durée d’utilisation après ouverture (PAO).

#6 – Ne pas prêter mascaras ni rouges à lèvres protège les muqueuses très sensibles aux contaminations bactériennes.

#7 – Se laver toujours les mains avant d’ouvrir un produit, le conserver à l’abri de la chaleur et de l’humidité. 

#8 – Ne pas jeter l’emballage. En cas de réactions indésirables, la liste INCI qui y figure fournira des informations cruciales au dermatologue. 

© AdobeStock – Utkamandarinka

Safe shopping pour peaux trop susceptibles

Celestetic : lait nettoyant douceur Soft Clean développé pour le réconfort des peaux sensibles grâce à un trio d’huiles d’argan, de pépins de raisin et de camelia japonica riches en antioxydants. Premier geste du matin, suivi de la Brume Hydramist et du sérum Sensitive Perfect. 

Babor : Collagen Booster, Multi Vitamin, Hydra Plus,…
ses emblématiques cures d’ampoules ‘Concentrates’ ciblant une action ne surchargent pas la peau de multiples ingrédients. Un plus pour les peaux à risque, ravies de profiter, elles aussi, de beaux résultats dès sept jours assurés par des formules pures et 100 % vegan. 

Rhea : la marque italienne pacifie les peaux réactives et allergiques avec sa gamme ‘Sense’. Des soins sans parfums, additifs agressifs, colorants de synthèse ni allergènes.  

Maria Galland Paris : la nouvelle crème Sensi’Repair 160 déploie une texture immédiatement apaisante et une formule antistress où les actifs hydratants s’allient à un complexe de probiotiques.

Payot : avec seulement 24 ingrédients (99,7 % d’origine naturelle), la Crème Universelle à l’Huile Essentielle de Lavande, fraîche et hydratante, pratique un minimalisme cosmétique apaisant. 

Absolution : parfumée aux huiles essentielles (à dose ultra homéopathique non sensibilisante), la Cure Peau Calme anti-rougeurs de la marque bio et vegan. Renforçant les capacités de défense, elle est aussi recommandée pour lutter contre les allergies cutanées.

Klapp : vitamine C + aloe vera + acide hyaluronique = la formule courte du C Pure Fluid au service des peaux déshydratées. 

Sothys : le Fluide Fondant Apaisant, un régal pour les peaux sensibles à tendance mixte ! Son complexe hydratant et l’eau thermale SPATM équilibrent leur seuil de tolérance et réduit leur susceptibilité. 

N Skin Technology : son sérum Hyaluronic Ultrafiller est un nouvel exemple de formule courte, mais puissante dont peuvent profiter les peaux à risque. Soin repulpant& réhydratant, anti-âge et anti-pollution sans parfum.