Dossiers

Allo, les ados ? Une clientèle à conquérir 


Autrefois, il y avait l’âge ingrat : l’adolescence boutonneuse. Aujourd’hui, il y a la génération Alpha : les adol-écrans qui affichent tous une jolie peau (filtrée ou retouchée) sur les réseaux sociaux. Résultat, les 12-16 ans se veulent aussi parfaits « pour de vrai » ! 85% d’entre eux * affirment utiliser des produits cosmétiques suite aux conseils et tutos des influenceuses. Le temps est venu de leur prouver qu’une peau nette et fraîche s’obtient plus efficacement en institut que sur TikTok. Action ! 

*étude 2016 d’une association allemande de l’industrie cosmétique. 

Catherine Malaise

© Deniskomarov – Adobe Stock

Vouloir paraître à son avantage est un désir compréhensible à tout âge. Pour un ou une ado, l’enjeu dépasse largement le stade de la simple coquetterie. Selon un sondage Ipsos/CerVe réalisé l’an dernier auprès de 8000 teenagers issus de 14 pays, ils seraient 92% à être obsédés par l’état de leur peau. L’une des raisons majeures ? La crainte d’être rejetés. Dove qui fait campagne contre la perte d’estime de soi révèle que 80% des filles postent des selfies pour recevoir une certaine « validation » des internautes. La plupart modifient leur photo avant même d’avoir 13 ans dans l’espoir de recevoir un flot de likes, d’émoticônes souriants et de « trop belle ». Les plus malchanceuses récoltent des moqueries et des avis cruels qui les blessent. Persuadées de ne pas être assez jolies pour se passer des filtres, d’autres vont se composer un visage de poupée à la peau de porcelaine. Presque un avatar. Peut-on les blâmer de s’exposer ainsi sans précaution aux regards ? Biberonnées à l’Internet, elles n’ont jamais connu la vie sans réseaux sociaux.

Un méli-mélo cutané et psychologique

Comme leurs parents au même âge, les ados 2022 vivent le drame quotidien d’une peau devenue grasse. Le contexte est, lui, fort différent. Le leurre des applications de retouche les conduit à s’imaginer qu’ils sont les seuls à subir luisances, pores dilatés, points noirs et boutons. A force d’être les followers de modèles irréels, ils se sentent coupables de leurs problèmes cutanés. Sans le reconnaître vraiment. Au grand jour, les ex-bébés de l’Ipad veulent tous être des personnes spéciales dans l’espace de créativité des réseaux sociaux. Les psychologues éclairent un autre angle. Les adolescents donneraient beaucoup d’importance aux produits cosmétiques pour retrouver contrôle et sécurité. Avec ses bouleversements hormonaux et ses transformations physiques, la puberté est en effet une période bien déconcertante ! Elle peut générer de l’incertitude et de la gêne face à des changements corporels annonciateurs d’une sexualité encore inconnue. Typique de l’adolescence, le sentiment de perte de contrôle s’accentue avec un socle familial moins solide qu’avant : séparation et nouveaux partenaires des parents, déménagements, nouveaux frères et sœurs, changements d’école, etc. Pour toutes ces raisons, l’apparence nette procurée par les soins visage est vécue comme une aide positive. Une protection. Certains ados grandissent très entourés et confiants, d’autres non. Il n’y a pas de juste milieu : vous aurez dans votre institut soit des ados sûrs d’eux, soit très hésitants.

Votre mission, si vous l’acceptez…

…sera de répondre aux attentes de tous : aider les seconds à s’aimer et s’accepter, prouver aux premiers qu’une esthéticienne est meilleure conseillère qu’une bloggeuse de 15 ans. 

…sera d’enseigner la régularité et un zeste de patience aux jeunes tiktokeurs habitués à faire place nette, à effacer en une seconde les imperfections qui les embarrassent.

…sera de traiter les acnés légères et débutantes. Les acnés sévères sont du ressort des dermatos. Moins sectaires qu’autrefois, ils reconnaissent heureusement les bienfaits des soins cosmétiques pour prendre le relais. 

Bichonnez la peau des ados :  ce sont vos clients de demain.

Mettez-vous dans leur peau

Racontez-leur ce qui s’y déroule avant de leur présenter une routine de soins. La testostérone menant le jeu hormonal, les glandes sébacées productrices de sébum fonctionnent à plein régime. La surabondance de la matière cireuse finit par étouffer la peau. Perpétuellement luisante sur la zone médiane du visage, elle devient un terrain de choix pour les boutons, comédons et points noirs.
« Quelle différence entre un comédon et un point noir, M’dme ? ». Un comédon est un pore bouché par l’accumulation de sébum et ayant l’aspect d’un petit amas blanchâtre. Un point noir est un comédon ouvert dont le sébum s’oxyde et noircit au contact de l’air. Tant qu’à faire, expliquez-leur d’autres mots compliqués. Exemples :  « l’hyper-séborrhée » est le terme savant de la surproduction de sébum, un actif « astringent » resserre les pores dilatés. Leur curiosité leur fait demander comment se forme un bouton ? Le sébum qui bouchonne évolue en bouton dès qu’une petite bactérie pointe son nez, infecte le tout et provoque une inflammation.

© Khorzhevska – Adobe Stock 

Wanted : la coupable de l’acné !

Nom : « Cutibacterium acnes ». Bactérie la plus répandue sur la peau humaine, elle n’y provoque pas  nécessairement des lésions d’acné. On a découvert pourquoi il y a seulement 2 ou 3 ans. Dans les folicules pileux, elle fourmille de plusieurs « phylotypes ». Les « neutres » n’engendrent aucune lésion, les « virulents » activent des médiateurs de l’inflammation et produisent un biofilm collant qui amalgame les cellules mortes et ferme les pores.

Comment bien parler aux ados ?

Message à faire passer : intégrer le cou dans les gestes de soins quotidiens compte pour beaucoup dans la prévention des rides. Côté démaquillage & nettoyage, la peau sInutile d’adopter le ton d’une seconde maman : ils en ont déjà une à la maison et justement, ils ne l’écoutent pas. Parlez et expliquez simplement. Et surtout, valorisez-les.  N’oubliez pas que dans sa tête, l’ado d’aujourd’hui se voit souvent comme une star du Web en puissance ! Jouez-la finement « psy » : hier, il était encore un enfant mais déteste aujourd’hui d’être traité en bébé. Evitez de donner l’impression que les soins seront fastidieux et de parler d’une « peau impure ». Les ados sont déjà dégoûtés par leur visage luisant, inutile d’en rajouter avec cet adjectif qui a été longtemps utilisé par l’industrie cosmétique. En revanche, il n’est pas interdit de les étonner en leur révélant les bons côtés du sébum ! La sécrétion huileuse « beurk-beurk » protège aussi la peau des agressions extérieures et du dessèchement en formant, avec la sueur, le film isolant hydro-lipidique.  Il vous revient d’expliquer qu’il faut juste en éliminer l’excès. Bonne chance !

Une éducation complète à faire… sans en avoir l’air 

Faire comprendre que : 

1° le nettoyage est la clé de l’amélioration des peaux grasses. Matin et soir, avec un gel ou une mousse au pH neutre et à base d’actifs purifiants et régulateurs du sébum :  sauge, romarin, menthe poivrée, ortie, tea tree, citron, pamplemousse, gluconate de zinc. 

2° les lotions sont in-za-ppa-bles. Elles ne servent pas seulement à parachever le nettoyage. Leurs actifs resserrent aussi les pores dilatés : alchemille, bardane, hamamélis, eau florale d’eucalyptus.

3° douceur et respect sont les deux mots clés des peaux grasses alors que les ados veulent « karchériser » le sébum qui les dégoûte. A vous d’interdire : savons très alcalins et tensio-actifs « faiseurs de mousse », rinçage à l’eau (dure) du robinet, lotions alcooliques, scrubs dont les grains risquent d’être frictionnés trop rudement et d’irriter les boutons enflammés. Initiez  votre jeune clientèle aux gommages légers aux AHA ou à l’acide glycolique : ils éliminent sans frotter excès de sébum, cellules mortes et pollution. 

4° tout ce qui décape provoque un inévitable effet rebond. Matifiant au premier abord (et donc, très tentant), un assèchement soudain et artificiel de la peau force les glandes sébacées à produire davantage de sébum afin de compenser l’humidité perdue. Bref, l’ado persuadé qu’un traitement de choc peut résoudre le problème va juste empirer la situation. C’est une mauvaise stratégie : la peau devient sans cesse plus grasse…

5° une peau grasse peut être assoiffée. Une crème à la fois régulatrice et hydratante est dès lors indispensable, matin et soir.   

6° soigner le gras par le gras, ça marche ! Appliquée le soir en alternance, une huile végétale biocompatible comme l’huile de noisette peut calmer le jeu, réduire le sébum et apporter des nutriments essentiels. Les ados vont trouver ça étrange mais votre explication les bluffera. La peau percevant le gras en surface se dit qu’elle n’a plus besoin d’en fabriquer et de ce fait, produit moins de sébum.

N’oubliez pas : pour eux, la beauté rime avec amusement !

Dites-leurs OUI pour : 

– les démaquillants solides. Vos jeunes clientes et clients vont certainement vous demander s’ils y ont droit. Oui, parce que ces blocs ultra tendance ne sont pas des savons, mais des syndets au pH proche de celui de la peau. Leurs composition à base d’huile (olive, prune, abricot) et de beurre de karité intègre possède des propriétés fongiques, anti-bactériennes et régulatrices : vitamines A,B,C, D, zinc, extraits de sauge et d’arbre à thé, etc.

– les eaux micellaires aux tensio-actifs suffisamment doux pour ne pas enlever trop de corps gras, ni provoquer la réponse d’une hyper-séborrhée.

– les masques auto-moussants à l’oxygène : en captant l’air ambiant, ils font pétiller sur la peau de fines bulles qui chatouillent la peau. Ces masques « champagne » la laissent nette et fraîche. 

– les masques noirs au charbon actif.  « Euh, celui du fond de la mine ? ». Evidemment non, il s’agit d’une poudre végétale issue de matières naturelles riches en carbone (bois, écorce, bambou, coques de coco). Sa surface poreuse absorbe façon buvard polluants, toxines et impuretés. Aucun risque que ce charbon se transforme en points noirs, au contraire il les désincruste ! 

Comédogènes ou non-comédogènes ? 

Encore une notion à faire assimiler ! Les ingrédients dits « comédogènes » sont ceux qui risquent d’obstruer les pores d’un amoncellement de sébum. Même à l’étroit dans des pores bouchés, les glandes sébacées continuent leur activité. Hello, boutons et points noirs ! Bien que non-réglementé, le terme « non-comédogène » désigne un produit sans ingrédients occlusifs : cires et huiles minérales filmogènes dérivées d’hydrocarbures, cire d’abeille, plusieurs cires végétales, lanoline, gommes, résine, silicones, etc. 

A noter : un sébum de mauvaise qualité ou trop abondant peut obstruer tout seul les pores. 

© Halfpoint – Adobe Stock 

Faites le tour de vos soins peaux grasses 

Comment les faire adopter sans être une bloggeuse qui sait-tout-connaît-tout ? Vous augmenterez vos chances en sélectionnant les produits qui leur « parlent » le mieux. Pour eux, il faut agir vite (les rolls-on tueurs de boutons en 2 jours sont une vente facile), vivre une expérience divertissante (parfums gourmands, look amusant, textures à sensation : gels glaçons, masques pétillants ou peel-off), utiliser des produits jolis à regarder et accompagnés de messages positifs. Les petits frères et sœurs de Greta Thumberg qui ont arpenté les « vendredi pour le climat » risquent de passer au crible tout ce que vous allez leur proposer. Ils seront logiquement satisfaits si les ingrédients sont majoritairement naturels, les emballages réduits au minimum, les packagings recyclables, éco-conçus et rechargeables. 

Check-up réussi ? Informez-les qu’ils peuvent AUSSI agir naturellement à leur niveau ! Naturally good : cesser de triturer boutons et points noirs, protéger le visage du soleil des vacances (la peau hâlée épaissie entraîne incrustation des comédons et effet rebond à la rentrée) et manger mieux. Avaler du gras + du sucré = un pic d’insuline qui active les inflammations dont raffolent l’acné et le sébum. Au lieu de la junk-food, conseillez-leur de vrais repas avec des légumes frais, du poisson, des noix, un peu de produits laitiers, des fruits, du thé vert… Les parents vous diront merci !

80% des ados se disent affectés par leur acné et 71% perdent confiance en eux. 

(Etude 020 La Roche-Posay)

FYI by Lisine : la naissance d’une gamme ado 

Les lignes cosmétiques pour adolescents ne sont pas nombreuses en institut : nous saluons donc l’arrivée de FYI.  FYI comme Fabulous, Young, Iconic. « Avec ce nom, nous avons choisi de valoriser des jeunes habitués à se mettre en valeur sur les réseaux sociaux », confie-t-on chez Lisine. Avant de développer la gamme avec plusieurs labos en Belgique, France et Italie, la marque a réalisé une étude auprès des quelque 200 instituts travaillant ses soins. Il s’agissait de vérifier leur intérêt à proposer des soins ados. La réponse fut affirmative ! Les collaborateurs de Lisine ont aussi interrogé les filles et garçons de leur entourage. Résultat, les caractéristiques FYI : un ton direct qui fait de la pédagogie en expliquant le rôle des actifs (en majorité d’origine naturelle), un design frais et dynamique, des messages positifs « Because You Are » sur les packagings faciles à emporter, un parfum agréable mais non genré, etc. Présentée au dernier salon Estetika, la gamme comprend tous les soins d’une routine efficace. Déjà un must-have : les AHA Peelings PADS pour décoller en un seul passage et sans effet desséchant les cellules mortes, excès de sébum et pollution. Les prix ? Ultra abordables, car c’est Maman qui paie lorsqu’elle vient faire un soin. Son budget n’est pas extensible. L’équipe Lisine y a pensé… •


SELECTION « sébumaniaque » adaptée aux ados

© Alessandro Biascioli – Adobe Stock 

BABOR : le nettoyage en deux temps, c’est fun pour eux ! D’abord, la légendaire huile Hy-öl et ensuite, sa complice aromatique Phytoactive Phytoactive Combinaison.

MARIA GALLAND PARIS : le gel SOS imperfections D-510 assèche les boutons rouges en quelques jours. 

SOTHYS : le Masque Purifiant aux 2 Argiles matifie et limite en douceur les imperfections. Utilisable aussi en micropatch de nuit sur une imperfection localisée. 

BERNARD CASSIERE : toute sa gamme Imperfection à base de menthe citron ! Senteur fantastique !

PAYOT : pour faire disparaître plus vite les petits boutons occasionnels, la Pâte Grise L’Originale Payot est le soin idéal. Une efficacité « peau saine » déclinée en sérum, masque charbon, soin teinté…

PHYTOMER : actifs venus des flots océaniques, application agréable, jolis flacons bleus en matière végétale recyclable. C’est sûr, les ados vont plonger ! Best-seller : la crème Contrôle Hydra-Matifiante Oligopur et le fluide Acnipur poids plume s’accompagnent d’une vague de soins complémentaires. Idéale : la lotion sans alcool Eau Marine. 

GUINOT PARIS : résultats spectaculaires, rapides et durables grâce à 2 complexes d’actifs puissants. Le premier « Sebocidine » régule les sécrétions sébacées et déploie une action purifiante antimicrobienne (Mousse et Lotion Microbiotic). Le second « Acnicidne » resserre les pores, apaise les rougeurs, élimine les luisances (Masque Pur Equilibre, Gel Ciblé Imperfection, Sérum Acnilogic). Bon à dire aux ados : la marque soigne aussi la planète avec des procédures environnementales récompensées par une certification. 

GERMAINE DE CAPPUCINI : Crème de jour Pure Expert Oily Skin, non-grasse, apaisante, hydratante et matifiante. 

ABSOLUTION : la marque française vegan, écologique, biologique et visuellement très attrayante a tout pour leur plaire. Son Booster Pureté et sa Cure Peau Nette 15 jours en monodoses sont de vrais jokers pour gagner en matité et équilibre. 

RHEA : grâce à son système de B-Doses et de crèmes de base, ils vont y découvrir leur routine de soins personnalisée. Facile et amusant ! 

ANUBIS : ses soins Regul Oil sont toujours conseillés en cas de désordre inflammatoire. La Cleansing Cream équilibre hydratation et contrôle de la séborrhée. Ciblé et intensif sur les lésions acnéique : le Roll-On Concentrate Equilibre. 

LUNO 21 : s’installer sous la machine Chromo IO S 21 ne peut que les amuser et… les aider face à deux drames typiques de la puberté. L’acné via la chromothérapie, les vergetures via l’électro-stimulation.