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Soins anti-pollution : mode ou urgence ?


Les spécialistes du marketing cosmétique l’avaient prédit : l’anti-pollution est la tendance forte en 2020. A inviter dans votre institut ? Ce dossier analyse pour vous les causes, l’évolution et le potentiel d’une catégorie de soins qui monte en puissance. Dépollueurs, détoxifiants, protecteurs, renforçateurs : voici comment et pourquoi ils deviennent aussi indispensables à la peau qu’à votre chiffre d’affaires…

Par Catherine Malaise

Des soins anti-pollution, on en parlait déjà en 2016 et bien avant. Rien de nouveau, alors ? Au contraire : Ils sont passés du ‘soin solo’ à des gammes complètes et inspirent les premiers traitements cabine dépolluants. Leur expansion n’est pas un effet cololatéral des marches pour le climat de 2019, ni des invectives passionnées de l’icône de l’écolo-catastrophisme Greta Thunberg. Evidemment, l’idéologie écologique ambiante et les méfaits de la pollution sur notre planète peuvent expliquer l’intérêt grandissant envers cette catégorie de soins. Les raisons de leur désormais omniprésence sont, néanmoins, antérieures. Avant d’engendrer un ‘marché à saisir’ pour de nombreuses marques, l’engouement actuel s’est d’abord nourri de faits tangibles et de progrès techniques.

A l’origine de la dépollution cutanée

1° La prise de conscience des méfaits des polluants
La pollution atmosphérique a longtemps été considérée comme une simple salissure à éliminer. Du ‘cracra’ composé tout de même de particules fines, métaux lourds, ozone et gaz d’échappement ! Les alertes régulières des pics de pollution ont fait prendre conscience de leur nocivité. L’Organisation Mondiale de la Santé a tiré la sonnette d’alarme : aujourd’hui, la pollution serait le plus grand risque environnemental pour la santé. De nombreuses études le corroborent : l’exposition aux polluants atmosphériques est susceptible d’accroître le risque de problèmes cardiaques, vasculaires, pulmonaires et de divers cancers. Si la pollution a un impact connu sur le corps humain, la peau – qui est un organe – peut en souffrir aussi. Logique.

L’amélioration des techniques d’analyse des dégâts cutanés
Les premières études scientifiques démontraient déjà l’impact de la pollution sur les fonctions de la peau. Il y a plus de 25 ans, des cultures de cellules cutanées ont démontré que les métaux toxiques de l’air pollué (plomb, mercure, cadmium) fragilisaient les membranes cellulaires. Divers travaux (américains, français) ont mis en évidence une baisse de l’oxygénation tissulaire, l’oxydation du sébum, une flambée de radicaux libres et une réduction des antioxydants naturels de la peau (vitamine E). Récemment, les investigations se sont multipliées et affûtées. Le sujet étant vaste et complexe, de nombreux travaux suivront sûrement. De nouvelles recherches de pointe ont décrypté deux mécanismes particulièrement nocifs :

  • Les AhR 

Encore un mot compliqué ! Essayons de simplifier : les AhR sont les vils complices des polluants. Activés par eux, ces ‘récepteurs d’hydrocarbures aromatiques’ réveillent plusieurs gènes au cœur des cellules cutanées. Pas les plus sympas : les gènes qui téléguident le stress oxydatif, la pigmentation, l’inflammation et l’immunosuppression. Toutes les ‘top cellules’ sont concernées :  les kératinocytes, fibroblastes, mélanocytes, cellules de Langerhans.

  • L’effet ‘cocktail’

En France, des chercheurs ont décodé le mécanisme de l’effet ‘cocktail’. Prises isolément, certaines substances sont sans danger. Elles deviennent potentiellement nocives dès qu’elles s’associent à d’autres. Ces mélanges polluants complexes accélèrent leur toxicité. L’environnement urbain comporte environ 150.000 composés dont l’action combinée pourrait avoir des effets redoutables sur la peau. Et la santé, en général.

« La pollution nous asphyxie. Avant, on respirait ! »

Erreur. Au début du 20ème, la pollution était probablement plus intense. Dans les villes de la Révolution industrielle – de Sheffield à Charleroi – , l’exploitation du charbon et les aciéries engendrèrent une pollution massive. Et déjà, en 1917, une marque cosmétique (Pond’s) utilisait un slogan ‘dépollueur’ pour vanter sa cold cream. « Elle nettoie votre visage de toute la saleté qui s’incruste dans les pores et abîme votre peau ». Le catastrophisme actuel est donc à relativiser ! Depuis 1990-2000, les niveaux de plusieurs polluants ‘primaires’ ont fortement diminué dans l’air ambiant. La qualité de l’air des agglomérations est globalement meilleure qu’il y a 10 ou 20 ans. En revanche, l’urbanisation et la croissance du trafic automobile provoquent toujours – localement et épisodiquement – des pics de pollution. Les niveaux de certains composés chimiques demeurent bien supérieurs aux recommandations sanitaires : les polluants atmosphériques monoxyde de carbone et dioxyde de souffre issus des gaz d’échappement, les émissions de dioxyde d’azote liées aux systèmes de chauffage, l’ozone issu de ces mêmes polluants transformés par les UV, les particules fines à l’origine du ‘smog’ des mégalopoles. Inférieures à 2,5 microns, elles pénètrent dans les pores !


A NOTER  : ces phénomènes étants plus aigus dans les pays asiatiques,
les marques y font souvent tester leurs nouveaux soins anti-pollution, avant de les lancer en Europe.


La pollution face au miroir

Les effets visibles de la pollution sur la peau ? Les clientes citadines sont les premières à s’en plaindre. Check-list.

1/ Le teint asphyxié vire au gris. Le voile superficiel des impuretés, accumulées sur la couche cornée, lui fait perdre éclat et fraîcheur. Les attaques frontales des polluants dérèglent d’abord l’équilibre de l’épiderme.

2/ La peau manque de souplesse. Non éliminés, les polluants de surface s’oxydent, provoquent une flambée de radicaux libres et de stress oxydatif. De quoi dégrader les fibres de collagène et les rigidifier en entraînant leur ‘glycation’…

3/ La déshydratation s’installe. Les agressions répétées altèrent la barrière cutanée protectrice.  Privée de film hydrolipidique, la peau ne peut retenir son eau interne.

4/ Le sébum revient en force. Sous l’influence des polluants, mais aussi du stress et de la chaleur, l’activité des glandes sébacées s’affole.

5/La peau se sensibilise et par réaction, picote et tiraille. Lorsque le bouclier de la peau tombe, tout l’écosystème cutané s’enraye.

6/ Elle se met à rougir. L’exposition prolongée à des polluants très agressifs peut conduire à une dilatation des capillaires sanguins et à une inflammation silencieuse.

5/ Elle se marque de rides et taches précoces. La cascade de réactions cutanées liées à la pollution finit par épuiser la peau. Sans cesse attaquée, elle lutte dans l’urgence contre la répétition des inflammations. A un moment, ses cellules manquent d’énergie pour assurer les mécanismes de réparation, réguler la mélanine voulant servir de pansement, produire le collagène et l’élastine garants de la fermeté et tonicité cutanées…


MISE AU POINT

La pollution n’est pas, à elle seule, l’ennemi n°1 de la peau. Stress, alimentation déséquilibrée, fatigue et manque de sommeil  – bref, tout ce qui fait le mode de vie urbain ! – ont aussi tendance à déréguler les fonctions cutanées essentielles. L’arsenal ‘city-compatible’ à proposer à vos clientes englobe aussi les soins oxygénants, masques détox, boosters anti-fatigue et crèmes de nuit réparatrices. Tous visent la même cible : les méfaits de la vie en ville, regroupés sous un nouveau mot, l’exposome !  


Du côté des actifs…

1.Les antioxydants, actifs de base de l’anti-pollution 
La guerre contre les polluants replace les antioxydants sur le devant de la scène cosmétique. Formuler un soin anti-pollution ne se résume néanmoins pas à y injecter des antioxydants. A l’ère des produits multifonctions, la plupart des labos privilégient désormais les antioxydants de type ‘2-en-1’. Dotés – selon les besoins – d’une seconde fonction éclaircissante, dynamisante/raffermissante, détoxifiante ou anti-glycation.   

2. Les plantes survivalistes et pièges à polluants
Un peu de saine nature ne peut faire que du bien face à la pollution. Pour épauler les antioxydants et aider la peau dans son combat, la force de résistance des plantes ‘survivalistes’ s’est imposée. Il y a 28 ans, Clarins créait le tout premier complexe anti-pollution. Le secteur cosmétique n’y croyait pas vraiment à l’époque, aujourd’hui il lui donne totalement raison ! Ce complexe intègre la lapsane : une modeste petite fleur jaune qui prospère le long des autoroutes malgré les gaz d’échappement. L’herbier de l’anti-pollution inclut aussi le pissenlit (capacité à absorber les nitrates), la sarriette citronnée (empêche les poussières de se fixer), l’arbuste Alphloïa des hauts plateaux de Madagascar (muscle la résistance cutanée, car peut renouveler intégralement son écorce en cas de blessure), le thé vert (astringent, lutte contre les impuretés)…

ABC de la D-pollution : protéger la peau, renforcer son hydratation

  • Les brumes et boucliers urbains

Premier conseil à rappeler à vos clientes : éviter le contact direct avec les composés chimiques atmosphériques. C’est le rôle des brumes anti-pollution et boucliers urbains que vous leur vendrez facilement. Depuis plusieurs saisons, les femmes apprécient ces produits protecteurs qui ne bouleversent pas leur routine beauté habituelle. Un pschitt pour les brumes invisibles, trois touches sur le visage pour les boucliers SPF 30 ou 50 et l’on n’y pense plus ! Leurs textures ‘zéro matière’ permettent les superpositions, ne dénaturent pas le maquillage et ne créent aucune brillance. Leur format nomade, idéal à glisser dans un sac et à dégainer selon le besoin, trouvera sa place sur votre comptoir…

  • Les crèmes anti-pollution

Elles ont, plein pot, une quadruple mission : enrayer la nocivité des radicaux libres / apaiser la sensibilité et l’inconfort cutanés / réguler le sébum / remettre à flot l’hydratation en reconstituant le film hydrolipidique. L’élément intéressant à souligner, c’est le rôle de leurs textures non seulement poids plume, ultra discrètes, respirantes et sensorielles… mais aussi  ‘intelligentes’. Conçues pour être portées chaque jour en ville, certaines s’inspirent des plantes dont les sucres filmogènes limitent l’adhérence aux polluants : la plus connue étant le ‘moringa’ utilisé aussi dans les systèmes de filtration de l’eau des pays défavorisés. Pour rétablir le film hydrolipidique, des crèmes anti-pollution empruntent l’ingénieux mécanisme anti-déshydratation des plantes désertiques : leur tige et leurs feuilles sont recouvertes d’une fine pellicule de cire protectrice. Les galéniques se composent ainsi de cires végétales (tournesol, jojoba, mimosa), cire d’abeille et beurres dérivés d’iris ou karité. L’effet repulpant peut être peaufiné via des extraits d’algues qui boostent la production d’acide hyaluronique et aident les NMF à fixer l’hydratation dans la peau.

Juste du bon sens !

La D-pollution ‘recycle’ aussi à son avantage des routines beauté déjà existantes. La séance d’exfoliation hebdomadaire élimine les cellules mortes qui retiennent les traces de polluants. Le nettoyage quotidien de la peau – réalisé avec encore plus de soin et d’assiduité  – se mue en gestuelle de purification. Il ferme la porte aux radicaux libres en balayant les particules polluantes avant qu’elles ne s’oxydent. Quelles différences entre un nettoyant ‘classique’ et celui où la revendication anti-pollution s’affiche sur le packaging ? Des actifs dépollueurs, calmants, détoxifiants. Les formules au charbon végétal séduisent les jeunes femmes. La surface poreuse de ce ‘charbon’ attire comme un aimant polluants, toxines et impuretés. Enfin, on se maquille ‘utile’ : les fonds de teint, BB crèmes, poudres minérales et bronzantes sont déjà un peu des isolants. Le meilleur réflexe de survie en milieu urbain pollué, c’est ne jamais l’affronter la peau nue !

Avertissez vos clientes : à l’intérieur, les polluants sont 5 fois plus concentrés

A peine croyable, mais vrai à cause des solvants, microfibres et poussières. Coupable : tout ce qui libère des composés organiques volatils (COV). En gros, les produits d’entretien type aérosol, les moquettes synthétiques, les vêtements de retour du pressing, les peintures murales, les photocopieurs et imprimantes. Même les meubles neufs en bois aggloméré dégagent un composé organique très volatil, le formaldéhyde…

Que conseiller ? De nouveaux sérums travaillent aussi contre la pollution ‘intra muros’ des bureaux et habitations. On peut réduire celle-ci en redécouvrant les produits d’entretien naturels (l’eau chaude, le vinaigre blanc, le bicarbonate de soude), en préférant les meubles anciens en bois massif, etc. Inutile, par contre, d’installer des ficus un peu partout pour assainir l’atmosphère : les plantes dépolluantes seraient un leurre complet. Selon les dires d’un conseiller santé en environnement intérieur, elles ne présentent aucun bénéfice au niveau de la pureté de l’air. Les plantes sont donc bien plus efficaces dans les formules des soins anti-pollution. Tant mieux pour les esthéticiennes !

Parmi les valeurs sûres de l’antipollution….

RHEA CARBONCLEAN: nettoyant au charbon végétal microporeux, extrait de levure et panthénol. Chasse les résidus de smog et stimule les défenses de la peau.

PHARMOS NATUR ALGAE-PEELING : à l’aloe vera bio et silicium marin, très efficace contre les fines particules de poussière. Son utilisation régulière aide à réduire les taches pigmentaires.

MARIA GALLAND PARIS  97 CELL’ DEFENSE SPF 30 ou 50+ : voile urbain multiprotection à l’extrait antioxydant de pivoine blanche. Renforce la résistance cellulaire et prévient les taches brunes, tout en procurant un fini homogène et naturel révélateur d’éclat.

NIMUE SUN-C ENVIRONMENTAL SHIELD SPF 50 : bouclier contre le smog urbain et les particules. Au cœur de sa texture ultra fine, soyeuse et sans effet blanc, une molécule antioxydante inédite protège tout azimut : UVA, UVB, IR, lumière HEV.

BABOR POLLUTION PROTECT : set d’ampoules concentrées en probiotique pour stimuler l’auto-immunité cutanée, la réparation cellulaire et lutter ainsi contre les signes de vieillissement.

DERMALOGICA BIOLUMIN-C SERUM : sa haute performance protège du stress oxydatif, renforce les défenses naturelles de la peau, réduit les rides de façon visible grâce à un complexe ultra stable  de vitamine C, peptide et AHA.

KLAPP A CLASSIC POWER BOOST TREATMENT : soin antiâge complet à effet immédiat sur l’éclat du teint. Prévient et atténue rides et ridules liées aux effets de l’environnement. Hydrate, régénère, révèle une peau fraîche et rebondie. A partir de 30 ans.

MARY COHR PhytoOxygene (50 min) : rituel purifiant- lissant- illuminateur en 3 étapes. Phytodermabrasion detox, suivie d’un masque pro-oxygène et d’un modelage destressant.

SOTHYS SOIN DETOX ENERGIE (1h15) : ‘nouveau souffle’ à l’attention des peaux polluées. Après 4 ans de recherches, la gamme homecare booste aussi l’énergie cellulaire et limite l’impact des polluants avec un mix de néo-peptides, baies et racine d’éleuthérocoque bio.

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