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Microneedling : chaque dixième de millimètre compte !


Le microneedling a la cote aujourd’hui, mais la technique n’est pas neuve. Elle n’est cependant pas adaptée à toutes les peaux. Il faut aussi se montrer attentif aux aiguilles que l’on utilise. Natacha Vanslambrouck, Senior Retail Educator Dermatuer, Ingrid Van Hees, dermatothérapeuthe chez Carpe Clinic, Ingrid van Riet, dermatologue chez Carpe Clinic et Denise Ramaekers, gérante de Mar Le Beau, révèlent leurs trucs et astuces.

Par Anja Van Der Borght

La toute première procédure de microneedling attestée remonte à 1905. Cette année-là, le dermatologue allemand Ernst Kromayer a recours à des fraises de dentiste de différents gabarits pour traiter les cicatrices, les grains de beauté et l’hyperpigmentation. Heureusement, la technologie a énormément évolué ces dernières années. En 1997, le Dr Camirand, chirurgien canadien, a recours à une aiguille à tatouer pour traiter les cicatrices chirurgicales après une opération de chirurgie esthétique. En 2006, le Dr Desmond Fernandes invente le premier dermaroller pour estomper les rides et les cicatrices à l’aide d’aiguilles hypodermiques. Aujourd’hui, les appareils de microneedling envahissent le marché. Des rouleaux au stylo électrique en passant par les appareils multiembouts de plus grande taille, le choix est vaste.

Mais qu’est-ce exactement que le microneedling ?

NV : « Aussi connu sous le nom de CIT (collagen induction therapy) ou MTS (microneedling therapy system), le microneedling est une technique efficace qui consiste à réaliser des microperforations au niveau de la peau au moyen de microaiguilles qui stimulent une cicatrisation naturelle. Cette procédure active les facteurs de croissance non inflammatoires, qui régénèrent la peau sans former de tissu cicatriciel. Ces facteurs de croissance non inflammatoires ou kératinocytes se logent principalement dans les couches superficielles de la peau (épiderme). Leur bon fonctionnement stimule les fibroblastes et les mélanocytes, qui assurent à leur tour une meilleure synthèse du collagène. D’où son nom de « thérapie par induction du collagène ».

Comment ça marche ?

NV : « En microneedling, la cicatrisation se déroule en trois phases : la phase d’inflammation, la phase de prolifération et la phase de transformation. Dans la première phase, on active le système immunitaire. Il va désinfecter les plaies et éliminer les impuretés accumulées dans le microcanal, activer la circulation sanguine et déclencher la cicatrisation. Pendant la phase de prolifération, les nouvelles cellules granulaires qui se diffusent vont réparer la plaie. Les fibroblastes vont synthétiser également du nouveau collagène, en particulier celui de type 1 et 3. La phase de transformation ou de remodelage commence deux à trois jours après la séance pour les peaux jeunes et trois à quatre jours pour les peaux matures. C’est le moment où la peau se remodèle. »

Dans quels cas le microneedling est-il indiqué ?

IvR : « Le microneedling est surtout indiqué en cas de peau flasque, d’affinement cutané associé à des rides de sécheresse et de peau assoiffée et sujette à un vieillissement précoce d’origine hormonale. Le microneedling est idéal pour hydrater en profondeur et instiller de l’acide hyaluronique qui stimulera la synthèse du collagène. »

NV : « Le microneedling rend la peau fraîche et lisse, affine les pores et stimule la synthèse du collagène. Le soin est aussi indiqué dans le traitement de l’hyperpigmentation post-inflammatoire des peaux acnéiques. »

IVH : « Nous avons aussi recours au microneedling en cas d’alopécie, que la chute de cheveux soit due à des facteurs génétiques ou hormonaux, au stress ou aux traitements oncologiques. Même s’il n’y a plus de tige capillaire dans certaines zones, tant que le follicule pileux n’est pas mort, nous pouvons injecter les vitamines et les minéraux juste sous la peau pour réveiller le follicule pileux en dormance. Cependant, ce microneedling ne peut être effectué que par une infirmière. »

D.R. : « Les produits injectés dans la peau par microneedling vont des vitamines à l’acide hyaluronique, en passant par les facteurs de croissance des cellules souches humaines, par exemple. Ces derniers assurent une régénération cellulaire rapide : la peau est restaurée, apaisée et rajeunie. »

Y a-t-il des contre-indications au microneedling ?

IvR : « En cas de forte rosacée et d’érythème grave, mieux vaut s’abstenir. Il faut éviter les zones envahies par la rosacée. »

Peut-on conjuguer le microneedling au Botox et aux produits de comblement ?

NV : « C’est possible, à condition d’espacer suffisamment les séances. En cas d’injection de Botox, il faut attendre au moins deux semaines, et dans le cas des produits de comblement, au moins quatre semaines. Le microneedling étant susceptible d’influencer le métabolisme cutané, il peut perturber l’action du Botox ou des produits de comblement récemment injectés. Il faut donc attendre que tout soit rentré dans l’ordre. »

Cette technique comporte-t-elle des risques ?

NV : « Le seul risque que court l’esthéticienne est de ne pas déterminer correctement la profondeur cutanée et de piquer trop profondément dans une zone. Dans ce cas, on risque de ponctionner du sang et de provoquer des pétéchies. L’esthéticienne n’est pas habilitée à pratiquer le microneedling sur tout le visage. Cette intervention est pratiquée par un médecin. »

Quelle différence y a-t-il entre un microneedling pratiqué par une esthéticienne et par un chirurgien esthétique ?

IvR : « En microneedling esthétique, on ne perce l’épiderme que pour permettre à certains principes actifs de pénétrer plus facilement ou plus profondément dans la peau et d’exercer ainsi leur action au niveau du derme. Dès qu’on commence à percer le derme, on a un risque de saignement et cela relève du champ de la médecine. La profondeur à laquelle une esthéticienne est habilitée à piquer dépend d’une zone à l’autre, mais varie de 0,1 à 0,5 mm. À certains endroits, comme le contour des yeux et le pourtour des lèvres, à 0,5 mm, on se trouve déjà dans le derme. À d’autres endroits, à 0,5 mm, on en est encore loin. On parle de microneedling chirurgical à une longueur d’aiguille entre 1,5 mm et 3 mm. Cette forme de microneedling est pratiquée par un chirurgien esthétique, parfois sous anesthésie générale, pour traiter les lésions causées par le soleil, les cicatrices ou les rides profondes, les vergetures, le relâchement cutané, la cellulite, etc. »

Faut-il anesthésier la peau pendant l’intervention ?

« D’expérience, c’est préférable. Nous avons essayé de faire effectuer l’intervention sans crème anesthésiante, à la fois par une esthéticienne et par un médecin travaillant avec une aiguille de 0,5 mm. Cela s’est vite avéré trop douloureux, surtout sous les yeux et autour des lèvres. »

NV : « En principe, il ne faut pas faire d’anesthésie, mais certains clients plus sensibles peuvent trouver ce traitement douloureux. Nous utilisons principalement une crème anesthésiante pour apaiser la peau et réduire le niveau de cortisol, ce qui améliore la réaction cutanée. Le client se met généralement à stresser quand il entend parler d’aiguilles. On peut utiliser différentes crèmes anesthésiantes. Nous conseillons toujours Xylocaïne à nos clients, dont la formule est la plus proche de la crème Emla, une crème anesthésiante médicale uniquement disponible sur ordonnance. Nous avons consulté des pharmaciens pour déterminer le produit en vente libre dont la formule était la plus proche de celle de la crème Emla. »

À quelle fréquence peut-on avoir recours au microneedling ?

IVH : « Selon l’âge du client, on recommande des cures d’une à trois séances. Si le client a plus de 56 ans, mieux vaut même programmer quatre séances consécutives à brève échéance, suivies de deux à trois séances d’entretien par an. Pas plus. Il ne faut pas trop solliciter la peau. »

À quel intervalle faut-il espacer les séances de microneedling ?

NV : « En principe, quatre à six semaines. Si on veut s’attaquer de front à une affection et que l’on constate que la peau réagit bien, on peut, par exemple, programmer trois séances à trois semaines d’intervalle. Si et seulement si on estime que la peau en question est capable de le supporter. »

Comment le déterminer ?

IVH : « On le constate déjà en cours de séance, mais aussi lors du suivi de la régénération cutanée a posteriori. L’avantage du microneedling, c’est qu’il ne provoque pas la mort cellulaire, comme c’est le cas avec un laser fractionné, par exemple. Le traitement au laser fractionné exige une convalescence de quatre semaines, alors qu’en microneedling, la peau jeune se restaure déjà en deux à trois jours et la peau mature en quatre à cinq jours. En d’autres termes, il n’y a pas d’éviction sociale pendant les semaines qui suivent la séance. »

Est-il vrai que l’esthéticienne en Belgique doit avoir suivi une formation en hygiène pour pouvoir effectuer un microneedling ?

NV : « En principe, oui ; mais ce n’est pas vraiment vérifié et c’est un point délicat, car, dans notre secteur, il y a des professionnels et des gens qui ne sont pas très respectueux des normes. Dans des soins comme le microneedling, on ne travaille pas à la surface de la peau. On y pratique des microperforations. Il est donc primordial d’utiliser du matériel jetable. Nous préconisons de retirer la cartouche d’aiguilles en présence du client, afin qu’il puisse contrôler qu’on travaille avec des aiguilles 100 % stériles. »

Est-ce pour les mêmes raisons d’hygiène qu’il est déconseillé au client de se toucher le visage après la séance ?

NV : « C’est exact. Il est préférable de ne pas toucher la peau dans les quatre premières heures suivant la séance, car la peau est alors en phase inflammatoire. »

IVH : « Après un microneedling, il faut éviter les séances de sport intensif et les gros efforts. Les séances de sauna sont aussi déconseillées. Non contente d’irriter la peau, la sueur peut aussi réduire à néant le traitement. Nous déconseillons aussi la baignade les premiers jours, car la peau est irritée. »

J’ai constaté que les embouts différaient d’un appareil à l’autre. À quoi l’esthéticienne doit-elle se montrer attentive à l’achat ?

NV : « Attention à l’effet ‘fakir’. En répartissant les points d’acupression, vous percevrez la pression plus facilement, mais vous pénétrerez moins profondément et moins rapidement. Si le fakir se couchait sur une planche hérissée de trois clous, son corps en serait transpercé et ce serait très douloureux. Si, par contre, il s’allonge sur une planche de 300 clous, il ressentira la pression, mais pas la douleur. Les aiguilles ne transpercent pas le corps. Les zones de pression sont réparties sur 300 points. Il en va de même des cartouches d’aiguilles sur les appareils de microneedling. Nous travaillons avec des cartouches de 36 et 12 aiguilles. On a recours aux embouts à douze aiguilles quand on veut percer la peau très rapidement, par exemple quand sa structure est plus épaisse. On va aussi toujours examiner l’état des couches de la peau et l’épaisseur du derme, de l’épiderme et de l’hypoderme. Si l’on constate que la peau est naturellement beaucoup plus profonde et plus épaisse, on préférera une cartouche à douze [RD1] aiguilles. »

Au cours de nos séances d’essai, nous avons eu affaire à des embouts comportant d’onze à une centaine d’aiguilles, voire à une cartouche sans aiguilles, mais dotées d’embouts en silicone.

NV : « Nous utilisons ces derniers chez les clients qui ont la phobie des aiguilles. Nous pouvons encore générer une capacité d’absorption de 40 %, soit nettement plus que les 7 à 10 % que la peau possède naturellement, mais c’est aussi beaucoup moins que les 80 % générés avec le microneedling. On va favoriser cette capacité d’absorption en lacérant littéralement la peau. »

Quelles sont les principales différences entre appareils de microneedling, stylos et rouleaux pour utilisation à domicile ?

Il existe différents types d’appareils de microneedling. Certains conjuguent même plusieurs techniques.

D.R. : « La technique Pollogen Divine n’est pas comparable au microneedling classique, car elle associe microneedling, radiofréquences et TriFraction. Ces trois techniques permettent de régénérer totalement la peau en 28 jours. Avant de pratiquer le needling, l’embout à 38 aiguilles de 0,75 mm est chauffé à 42 degrés. Le traitement n’est pas déplaisant. Sous l’effet de la chaleur, la peau se dilate pendant 40 minutes, c’est-à-dire plus longtemps qu’avec le microneedling classique (qui ne nécessite généralement pas de préchauffage NDLR) afin de pouvoir instiller le produit. »

NV : « Avec le dermaroller, les aiguilles (à l’exception de celles en contact direct avec la peau) ne sont jamais positionnées perpendiculairement à la peau. On n’exerce donc pas de pression excessive, ce qui évite de pénétrer, sans le vouloir, trop profondément dans la peau. Avec un stylo, c’est lui qui détermine la pression. La profondeur de l’aiguille est fixée automatiquement, que vous exerciez ou non une forte pression sur la peau. La profondeur de pénétration sous-cutanée est prédéterminée et la sécurité est garantie. »

Le dermaroller, pour ou contre ?

IVR : « Un dermaroller médical perce le derme en ayant le même effet que le microneedling. Nous recommandons l’utilisation quotidienne du dermaroller. Le client peut facilement l’utiliser à domicile pour stimuler sa peau et activer la pénétration du produit.

Un dermaroller esthétique va sublimer le soin. Nous recommandons les rouleaux avec des aiguilles de 0,2 mm, par exemple, pour favoriser la pénétration des crèmes acides à la vitamine A. L’application du rouleau plus en profondeur est assez douloureuse. Il est préférable de le faire sous anesthésie. De plus, à cette profondeur, on risque d’atteindre les vaisseaux sanguins. Il importe donc de faire réaliser ce traitement par un professionnel. »

NV : « Nous ne sommes pas fans du dermaroller à domicile, car les clients n’ont pas d’endroit stérile chez eux pour effectuer la séance. Certes, il existe des sprays antiseptiques, mais qui ne sont pas emballés de manière stérile. Les aiguilles sont nettoyées après usage par pulvérisation. Le produit sèche et c’est la même aiguille qui pratique les microperforations dans la peau. Un milieu stérile est quand même important. »

Avez-vous un protocole bien précis à recommander aux esthéticiennes ?

NV : « Chaque marque a son protocole. Mais il est toujours préférable d’y aller doucement au début. Nous procédons toujours avec des patchs selon quatre configurations. En croix : nous traitons chaque zone horizontalement et verticalement. Double croix ; nous traitons horizontalement, verticalement et en diagonale. En esquissant des cercles, notre technique permet de travailler plus intensivement les zones (aspect à vérifier lors de l’achat d’un appareil) et, enfin, on a le tamponnement qui permet de travailler un peu plus superficiellement, plus en douceur, par exemple dans les zones sensibles comme le contour des yeux ou le pourtour des lèvres. En d’autres termes, on adapte la méthode à la zone cutanée et à la réaction de la peau. Lors de la première séance avec un nouveau client, nous conseillons de faire un ou deux passages sur la peau. Si la peau réagit bien, vous pouvez augmenter le nombre de couches à la séance suivante, sans dépasser quatre couches par séance. »

À quelle distance du bord de l’œil faut-il procéder 

NV : « On va jusqu’à 5 mm du bord de l’œil pour couvrir les rides plus profondes et les pattes-d’oie plus fines. »

Et les résultats ?

NV : « Ils ne seront visibles que quelques jours, voire deux semaines, après la séance. Sur les peaux matures, cela peut prendre de quatre à huit semaines. »

IvR : « Souvent, on constate une rechute juste après la séance. C’est tout à fait normal : les tissus réagissent aux produits et à la perforation de la peau. Vous constaterez déjà un beau résultat sept à dix jours après la séance. Par la suite, le microneedling agit encore six semaines après la séance avant de pouvoir observer le résultat définitif. Dès lors, nous recommandons de laisser un intervalle de 6 semaines entre les séances pour que les tissus aient le temps de se régénérer. Si vous entamez une cure pour lutter contre l’hyperpigmentation post-inflammatoire, par exemple, ou au niveau médical contre les vergetures ou les rides très profondes, vous ne constaterez des résultats optimaux qu’au bout de six mois. »

Avez-vous encore quelque chose à ajouter ?

NV : « Si nécessaire, protégez la peau du client après coup par un écran solaire physique, jamais chimique, car ce dernier s’infiltre sous la peau, crée un échauffement puis s’évapore. »

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