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L’hydratation, source de jeunesse


A 30 ans comme à 50, une peau bien hydratée ne fait jamais son âge. Garantie d’éclat, de rebondi et de souplesse, l’hydratation représente un potentiel de soins et de ventes qui n’est pas prêt de s’évaporer. Ce dossier ouvre les vannes à tout ce que vos clientes devraient savoir ou mieux comprendre. Et pour vous, le point sur les découvertes et actifs…

Par Catherine Malaise

Quoi de plus classique qu’un hydratant ? Facile à vendre, rapide à agir : la cliente l’achète les yeux fermés. En 2020, le geste quotidien d’hydrater la peau s’adapte à de nouvelles priorités : le stress et la pollution.  

L’hydratation anti-stress

Pression au travail, horaires surchargés, angoisses du lendemain : le stress chronique est devenu le nouveau défi du soin ! En surface, il altère la protection de la fonction barrière et au niveau cellulaire, impacte le pourcentage d’eau. Comment l’expliquer ?

Primo : le comportement. Stressée, on peut oublier de s’hydrater suffisamment. Il faut au moins 8 verres d’eau pour renouveler le stock d’eau de l’organisme. Quand le corps n’obtient pas l’hydratation dont il a besoin, la peau ressemble vite à du papier crépon ! En plus, la fatigue psychologique pousse à boire du café qui déshydrate…

Secundo : la susceptibilité cutanée. Le stress favorise la sécrétion de cortisol (cette hormone accélère le vieillissement cutané) et des glucocorticoïdes, responsables d’une baisse de l’immunité, de la synthèse de lipides et du renouvellement cellulaire. La barrière cutanée se fragilise, la peau se déshydrate et «cartonne». En plus, une avalanche de neuromédiateurs perturbe le réseau sanguin du derme qui fait circuler l’eau dans la peau.

Solution : les hydratants anti-stress dont la composition épurée du superflu vise à éviter les réactions d’une peau rendue sensible. Bons lipides et super hydratants s’y allient aux actifs apaisants. Exemple : l’extrait de fleur d’immortelle. Son pouvoir fortifiant sert autant à renforcer la barrière cutanée qu’à réduire les signes visibles du stress (rougeurs, tiraillements).

L’hydratation anti-pollution

Les polluants atmosphériques urbains sont les ennemis de la peau hydratée. Ils altèrent le film hydrolipidique qui nappe la couche cornée. Fragilisé, le mix invisible de sébum et dérivés sudoripares ne joue plus son rôle de protection contre l’environnement. Il freine moins la «perspiration insensible épidermique», l’évaporation non perçue de l’eau cutanée. Si les fuites s’accélèrent, l’équilibre ne plus être maintenu entre les apports et pertes en eau. Préserver cet équilibre est la définition même de l’hydratation. Les nouveaux soins hydratants «anti-pollution» font mieux que du marketing. Ils fournissent des agents isolants pour colmater le film hydrolipidique déficient et des flots d’antioxydants pour neutraliser les méfaits des résidus polluants. Accumulés et oxydés au fil des heures, ceux-ci attaquent la barrière cutanée que la couche cornée érige grâce à ses cornéocytes remplis de kératine et reliés par le ciment lipidique. L’épiderme, devenu plus perméable, s’expose aux agressions oxydatives et perd une partie de ses NMF cachés dans les cornéocytes.

NMF est l’acronyme de «  facteurs naturels d’hydratation », des capteurs hygroscopiques * retenant, au passage, l’eau en train de s’échapper vers l’extérieur. Logés dans les cellules mortes, les NMF  regorgent pourtant de vie :  acides aminés, glucides, sodium, potassium…

80-70-13

…les mensurations d’une belle peau

80% dans le derme, 70% dans l’épiderme, 13% dans la couche cornée * : la peau est majoritairement composée d’eau. Le précieux liquide fait que «tout baigne» pour les cellules en les abreuvant d’éléments vitaux : protéines, sucre, urée, acides organiques. Cela les fait pétiller d’efficacité ! En profondeur, elles ouatent le matelas de soutien du derme, entretiennent l’élasticité des tissus et stimulent la production de collagène raffermissant. En surface, leur tonus regonflé à bloc permet d’afficher une peau douce, saine et lumineuse.

Plongée au cœur du derme

On le compare à un lac intérieur ou une nappe phréatique. L’image a ses limites : l’eau y forme une sorte de gel où macèrent différentes protéines de structure. Il fonctionne comme un réservoir stockant et libérant l’eau selon les besoins. L’eau y est sourcée par les GAGs, des polymères qui attirent d’importantes quantités de liquide. Parmi eux, l’acide hyaluronique.

Quand les clichés font pschitt !

  • 1er cliché : contrairement aux idées reçues, hydrater ne signifie pas apporter des flots d’eau à la peau. Peut-on blâmer la cliente de le penser ? Elle garde en tête les pluies de gouttes bleues qui inondent certaines publicités de gammes hydratantes ! L’hydratation œuvre plus discrètement. Elle consiste, entre autres, à organiser une bonne irrigation interne et des teneurs idéales d’humidité à chaque niveau de la peau. Un hydratant, c’est donc un plombier sympa. Son outil ? La stimulation des aquaporines, minuscules pipelines véhiculant l’eau en continu entre les tissus et cellules.
  • 2ème cliché : certaines clientes sont convaincues d’avoir à hydrater leur peau, mais pas à la nourrir ! Un bon soin fait pourtant les deux pour aider l’épiderme à entretenir ou reconstituer son film hydrolipidique. Ce trench-coat invisible censé stopper les fuites excessives se laisse vite déboutonner par les agressions extérieures. Voilà pourquoi, chaque soin hydratant – du gel désaltérant au baume réconfortant – rhabille la peau d’agents filmogènes piégeurs d’eau.

« Dites-moi, ma peau est-elle déshydratée ? »

Lorsque le niveau hydrique de la couche cornée passe sous la barre des 10% , les signes de déshydratation apparaissent : fines stries horizontales, teint terne, inconfort, toucher rêche, perte de souplesse. Les clientes matures constatent que leurs rides s’accentuent. Toutes les peaux ont besoin d’une dose quotidienne d’hydratation. Les plus jeunes pour préserver leur protection, les peaux sèches à cause d’un manque chronique de lipides, les peaux grasses pourtant bien isolées par le sébum. L’éliminer afin de mater la brillance risque de les déshydrater. Si l’eau s’enfuit, la perte d’humidité est automatiquement compensée par… davantage de sébum !

20-35 ans : hydratation tendance

Les défilés de mode valorisent une peau «no make-up» à l’aspect nu, ultra-frais et ultra lumineux : bref, gorgée d’eau. Même nude, le maquillage possède 80% de tenue en plus sur un visage hydraté. Les Milleniums savent qu’une peau correctement abreuvée résiste mieux au temps. Est-ce pour cela que certaines se vexent dès qu’on leur parle d’antirides ? Le cap de la trentaine déjà franchi, elles préfèrent se focaliser encore sur les hydratants. Hédonistes et pressées, elles ont besoin d’une routine simple et efficace leur permettant de conserver fraîcheur et éclat. Le secteur de la beauté y a répondu avec le «liquid care» inspiré des cosmetic waters japonaises qui fusionnent avec la peau sans laisser de trace grasse. Essences d’eau, brumes de réveil, lotions-sérums et autres prodiges de technologie infusent la juste dose d’éléments essentiels. Les formules se suffisent à elles-mêmes pour hydrater la peau et la rendre plus résistante à la fatigue. L’hydratation-séduction a fait aussi se multiplier les textures sorbets, gelées, sérum-gels, etc.

De 45 ans à 50 ans et plus :  attitude ambivalente

Avec les clientes senior, ça se complique. Il y a celles qui croient pouvoir se contenter d’une crème hydratante pour garder leur peau dense et élastique. De l’eau à profusion soutient, en effet, le métabolisme cutané et l’oxygénation des cellules. Les dermatologues conseillent donc uniquement les soins hydratants… tout en vendant des séances de Botox ou des injections d’acide hyaluronique repulpant ! A vous de convaincre que le meilleur hydratant ne suffit pas face aux cassures profondes des rides de l’âge, ni contre le relâchement des traits. D’autres clientes sont prêtes à s’énerver si vous leur dites qu’il faut d’abord corriger la carence hydrique avant d’entamer une cure anti-âge. «Non, je garde mon budget pour attaquer ces rides que je ne supporte plus !!!». Vous aurez la bonne explication : la peau, une fois réhydratée, est plus réceptive aux actifs régénérants et raffermissants. Sinon, fragilisée et sensibilisée par le manque d’eau, elle pourrait sur-réagir aux substances anti-âge. Message à faire passer ? L’hydratation est l’alliée de la cosmétique anti-âge. Sans elle, crèmes et sérums liftants, régénérants ou restructurants ne pourraient pas fonctionner. Signalons aussi aux clientes que des actifs hydratants se cachent toujours parmi leurs actifs de pointe..

Pour vous et la cliente,

hydrater, c’est tout bonus !
C’est le seul rituel de soin dont le bénéfice immédiat fidélise une nouvelle cliente. La peau paraît tout de suite plus lisse, plus fraîche, plus lumineuse, plus «consistante». Alors que la moindre réduction hydrique risque de dérégler le processus du renouvellement cellulaire, l’hydratation optimale favorise la production de collagène !

A l’action !

Boire un verre d’eau par heure : excellent pour le teint, insuffisant pour récupérer une peau hydratée au top. L’organisme la sert toujours en dernier. Elle ne peut se ressourcer totalement qu’à l’aide des soins cosmétiques ! Les plus performants sont d’habiles «copiés-collés» des mécanismes naturels de l’hydratation. Les stratégies actuelles se concentrent sur l’équilibre de la barrière cutanée. Exemples pour la préserver et la consolider :

  1. Les complexes combinant plusieurs sucres agissent directement sur la reconstruction du ciment intercellulaire, boostent les protéines «claudines» responsables des jonctions serrées entre les cellules, augmentent les réserves en NMF et de leur constituant, la filaggrine.
  2. Les prébiotiques comme l’Inuline. Ce polysaccharide issu du végétal fournit des nutriments privilégiés aux bonnes bactéries du microbiome cutané. En ayant un rôle déterminant dans son équilibre, il contribue aussi à celui de la barrière cutanée.
  3. L’apport de céramides. Ils sont, avec les acides gras, un composant du ciment intercellulaire de la couche cornée. Ce ciment joue un rôle clé dans l’imperméabilité épidermique : il régule l’évaporation en surface.
  4. Le calcium en renfort après 60 ans. Chez les sexas, la capacité à l’assimiler chute. Or, ce minéral intervient dans la cohésion de la barrière cutanée. Au niveau de la couche cornée, il renforce les liens protéiques entre les cornéocytes. A l’étage du dessous – l’épiderme vivant – , il prépare une couche cornée de bonne qualité en soutenant l’évolution des kératinocytes en cornéocytes. Au-delà de 60 ans, la peau a donc besoin de l’aide du calcium. De préférence, associé à la vitamine B5 boostant le renouvellement cellulaire.

La fontaine des actifs

L’acide hyaluronique. A force de fragmenter en labo ses grosses molécules-éponges pour les faire combler les rides de l’intérieur, on pourrait oublier que, sous sa forme initiale (de haut poids moléculaire/HPM), il hydrate à merveille en gorgeant d’eau les couches supérieures de la peau. Les formulateurs ont résolu le dilemme : les hydratants anti-âge utilisent de l’acide hyaluronique de haut et bas poids moléculaire. Notons que dans le derme, la version «bPM» augmente naturellement la quantité de GAGs et cela aide à reconstituer ses réserves hydrides. Peau lissée en surface, repulpée en profondeur…

L’urée. Cet hydratant lissant classique assure les finitions !

Les algues brunes et rouges. Pour survivre dans l’Atlantique Nord, elles produisent un constituant   énergisant : la taurine. Puisqu’elle aide aussi à réhydrater les cellules, on en trouve dans les hydratants anti-fatigue.

L’aloé vera. Ses feuilles charnues regorgent de substances hydratantes anti-inflammatoires. Une bénédiction pour les peaux assoiffées souvent sensibilisées.

Les huiles végétales. Camélia, amande douce, sésame, bourrache, jojoba, avocat, passiflore, chanvre : la liste s’allonge chaque année. Les huiles hydratent aussi bien, puisqu’elles freinent l’évaporation naturelle en renforçant le film hydrolipidique. L’huile d’olive fournit l’un de ses composants naturels : le squalane. Le tout s’applique avec la légèreté des nouveaux gels et crèmes hydriques «in oil».

Ventes assurées toute l’année

C’est fou – et rentable – comme tant d’éléments déshydratent la peau ! Le grand soleil d’été lui fait produire trop de kératine et moins de sébum : l’épiderme épaissi retient moins bien l’eau. Les rigueurs du froid hivernal provoquent une constriction des vaisseaux sanguins : l’irrigation sanguine ralentie réduit l’apport en eau. Ajoutons le vent qui dessèche, air conditionné,chauffage, agressions chimiques (savons, gel hydroalcoolique), frottements du nylon des collants nylon, masques tissu ou chirurgicaux sous lesquels la peau transpire…

Au calendrier de l’hydratation : en été, les gels rafraîchissants pour les peaux mixtes à grasses. En hiver, les crèmes onctueuses et baumes doudounes pour le confort des peaux sèches. La gestion de l’eau est une question d’actifs, pas de texture !

3 erreurs qui mettent la peau à sec

1 # Faire durer le plaisir des brumisations rafraîchissantes. Il faut, au contraire, sécher lesgouttelettes sans attendre. Paradoxal : l’eau trop en contact avec la peau la déshydrate. Les capteurs NMF sont hydrosolubles…
2 # Se prélasser une heure dans la baignoire. C’est déshydratant à cause de la loi d’osmose : calcaire et minéraux de l’eau attirent celle de la peau comme un aimant. Un bain dissout les NMF et réduit le film hydrolipidique qui mettent 4 heures à se reconstituer ! Cqfd : la peau tiraille. Pour limiter les dégâts : s’essuyer par tapotements et utiliser un lait corps hydratant/nourrissant.
3 # Bâcler l’application de la crème de jour. Cela crée des dépôts de matière humide qui pourraient «pomper» l’eau cutanée. L’effet d’osmose ! Conseillez de l’absorber avec un mouchoir en papier.

Shopping anti-soif

Un rasade de nouveautés et de valeurs sûres de l’hydratation.

  • Lisine. Cure express de 4 ampoules Hydra C à l’attention des peaux ternes, fatiguées et déshydratées par le stress quotidien, la pollution, l’excès de soleil. Formule : vitamine C pure 3%, panthénol, vitamines E/A/PP pour réparer les dégâts et unifier le teint.
  • Anny Rey. Envie de faire rêver vos clientes ? Proposez-leur les crèmes de jour et nuit Princesse, les préférées de la Princesse Grace de Monaco ! Luxueuse mais adepte des prix sages, la marque monégasque en a amélioré le cocktail marin hautement hydratant (algues rouges& brunes, eau de source marine, plancton, etc). A compléter d’un soupçon de nutri-cosmétique pour hydrater de l’intérieur et estomper les rides : Hyalur’Expert (collagène, acide hyaluronique, vitamines B1/B2).   
  • Babor. Peau resplendissante assurée avec la nouvelle Moisture Glow Cream Clean Performance. 98% d’ingrédients naturels, pré et probiotiques, acide hyaluronique, betterave à sucre pour augmenter le niveau d’hydratation. Et pour le glow, des pigments réflecteurs camoufleurs d’imperfections.
  • Payot. Morning Mask Water Power : un masque tissu repulpant (vendu à l’unité) dédié aux matins pressés. Ses deux + : l’extrait de bambou gorgé d’eau et une délicate senteur florale-aquatique.
  • RHEA. Son concept de soins personnalisés permet de corrigerdéshydratation et relâchement en même temps. La crème Tensofirm devient multifonction avec l’ajout de quelques gouttes de la B-dose IV d’actifs purs concentrés : niacinamide et acide hyaluronique stimulé par des EGF bioplacentaires.  
  • Pharmos Natur. Pour mieux illustrer son approche «green» de la beauté, la marque relooke deux soins en vert forêt : Moisturising Cream anti-âge (visage) et Moisturising Spray protecteur (visage et corps). De quoi nous rappeler que l’ingrédient n°1 y est le jus d’aloé vera pur BioUrsaft…
  • Maria Galland Paris. 24 heures d’hydratation de luxe avec la Crème Mille Hydratante 1006. Bain d’efficacité pour les peaux assoiffées : biominéraux issus de perles de nacre, microalgues, squalane, karité, GAGs et sodium DNA (un des meilleurs agents hydro-rétenteurs raffermissants).
  • Sothys. Façonpatch d’acide hyaluronique HPM et actifs anti-soif stimulant les NMF : la crème hydratante jeunesse Hydra3Ha combine cette astuce à l’action de l’extrait breveté de Bolet sur la fonction barrière et les flux hydriques.
  • Klapp. Peaux sèches et normales en quête de souplesse savourent la mousse de soin Sea Delight. Agents hydratants issus de la mer (extraits d’algues, boues marines, minéraux de coquilles d’huître) et de la terre (huiles de jojoba et pépins de raisin).
  • PCA Skin. La spécialiste des soins post-peeling a créé l’hydratant de nuit idéal pour les peaux sensibles, irritées ou confrontées à l’hiver : le Silkcoat Balm.
  • LNC. Tube champêtre, texture poids plume, huiles régénérantes d’argan et de jojoba, senteur ultrafraîche d’herbe coupée : la nouvelle crème Fresh Cut Grass redonne le moral aux mains desséchées par les gels hydro-alcooliques.  

*«qui attirent l’eau»

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