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Le soleil dans la peau


Le coronavirus m’a aidée à réécrire mon introduction. J’espère en effet que cette crise aura un effet positif sur le cancer de la peau. Comment ? Bien que la prise de conscience des dangers de l’exposition au soleil se soit accrue et que les produits soient de plus en plus respectueux de la peau, les Occidentaux n’ont cessé de se comporter de manière irresponsable lors de leurs voyages low-cost à destination du soleil tropical. Le moment est donc opportun pour mieux informer le public et le sensibiliser aux conséquences des bains de soleil au jardin.

Par Anya Loonen

Un peu d’histoire

Dans l’Antiquité, les Grecs utilisaient l’huile d’olive pour se protéger du soleil. Les Égyptiens préféraient l’extrait d’huile de riz, le jasmin et les dérivés du lupin, autant d’ingrédients encore utilisés de nos jours en cosmétique. L’homme s’enduit de pâte d’oxyde de zinc depuis la nuit des temps. En Indonésie, en Malaisie et aux Philippines, les femmes s’appliquent du borak ou burak (herbes aquatiques, riz et épices) sur la peau.

Au début du XXe siècle, seuls les paysans, les ouvriers et les « exotiques » ont la peau bronzée. Gabrielle Chanel décide de se couper les cheveux court. Elle est l’une des premières jet-setteuses à s’exposer sur les côtes de la Méditerranée. Sans protection.
Années 30 Le scientifique français Eugène Schueller met au point la première protection solaire, qui préserve la peau sans empêcher le bronzage. En 1938, après une ascension en montagne se soldant par de graves coups de soleil, l’étudiant suisse en chimie Franz Greiter lance la crème solaire Glacier, qui équivaudrait aujourd’hui à un FPS 2.

Années 40 Le pharmacien Benjamin Green fabrique un produit solaire pour l’armée américaine afin de protéger les soldats surexposés au soleil de plomb du Pacifique durant la Seconde Guerre mondiale. La Red Vet Pet, abréviation de ‘veterinary petrolatum’, est une pâte épaisse, collante et peu efficace.

Années 50 Les voyages sous les tropiques sont rares, tout comme la protection solaire. En Europe occidentale, la population commence à avoir recours à l’huile pour bébé pour mieux bronzer, ainsi qu’à des alliages d’argent nocifs. Coppertone Girls et Bain de Soleil font leur apparition sur nos plages. Les journées ensoleillées étant rares, on veut bronzer le plus vite possible. Plutôt que de rester debout et assis, on s’allonge désormais sur la plage. Le teint ‘cachet d’aspirine’ est démodé : on rêve d’une peau hâlée. À l’époque, on disait même aux enfants qu’un bon coup de soleil protégeait mieux du soleil !

Années 60 Franz Breiter lance le Facteur de Protection Solaire (FPS), ce qui ne va pas nous empêcher de faire bronzette. Les publicités nous promettent qu’on ressemblera toutes à la ‘fille sans voiles’ : Brigitte Bardot. Le beurre de cacao et le monoï à la fleur de tiaré activent le bronzage, mais ne protègent pas.

Années 70 Le Centre de recherche solaire pose les jalons du système FPS, bien qu’il soit ici encore davantage question de bronzage que de protection solaire. Les premiers bancs solaires font leur apparition ; ils prépareraient la peau au soleil. De plus en plus de voyageurs partent sous les tropiques, en toutes saisons. La première protection solaire waterproof est commercialisée.

Années 80 La responsabilité des rayons UVA dans les dommages cellulaires entraînant un vieillissement prématuré et le cancer de la peau est démontrée, après quoi les filtres UVA et UVB voient le jour. En 1986, le premier FPS 15 est commercialisé, mais les mannequins en bikini à la peau bronzée pullulent dans tous les magazines féminins, dont Vogue.

Années 90 Lancement du filtre solaire Parsol 1789, qui fait obstacle aux ultraviolets A. Les gels et les sprays sont censés rendre l’utilisation plus attrayante. Les premiers produits solaires FPS 30 font leur entrée sur le marché. Ces facteurs de protection élevés (blancs et épais) donnent un faux sentiment de sécurité et incitent aux imprudences.

Années 2000 Le vent tourne enfin et la protection solaire est prise au sérieux. D’une part, de plus en plus de dermatologues constatent en effet les dégâts et, d’autre part, des études sérieuses ont été réalisées. Notamment celle de Fitzpatrick et ses ‘six phototypes’, désormais plus connus sous le nom d’échelle de Fitzpatrick par les spécialistes. Il parle également du ‘capital solaire’, que chacun acquiert à la naissance et devrait utiliser avec parcimonie. Dans les années 90, la Prof. Vera Rogiers, responsable de toxicologie à la VUB, reçoit Fitzpatrick à Bruxelles. Et déjà à l’époque, il souligne l’importance de protéger les tout-petits du soleil. Mais même à la mer du Nord, pendant les mois d’été, c’est un geste qu’on ne voit hélas que trop peu. La nocivité des bancs solaires est reconnue et les informations sur les effets nocifs du soleil trouvent un écho chez un public qui prend de l’âge.

2016 La protection solaire est un sujet abordé dans les écoles britanniques. Les enfants doivent adopter de bonnes habitudes vis-à-vis du soleil. Les dommages causés par ce dernier sont détectés à grande échelle. Mais le cancer de la peau perd du terrain chez les jeunes.
2020 Certaines marques proposent un FPS 30 invisible, pour toutes les carnations et pour un usage quotidien. Finies les traces blanches des facteurs solaires élevés !

De nos jours

Après un aperçu historique de notre comportement vis-à-vis du soleil, voici un petit topo de la situation actuelle. La protection solaire se décline en lotion, spray, gel, mousse (texture crème fouettée), stick, autant de produits topiques qui absorbent ou réfléchissent une partie des rayons UV et préviennent ainsi temporairement les coups de soleil. Il y a autant de textures que de goûts dans la nature, pour varier les plaisirs et faciliter l’application. Une utilisation réfléchie des produits solaires ralentit l’apparition des rides, des taches pigmentaires et du relâchement cutané.

Selon leur mécanisme opérationnel, les produits solaires peuvent se classer en deux catégories : les ‘filtres solaires physiques’ (par ex. oxyde de zinc et dioxyde de titane, qui se déposent à la surface de la peau et réfléchissent les rayons) et les ‘filtres solaires chimiques’ (qui absorbent les UV à la place de la peau). Afin d’avoir une meilleure indication de leur protection contre le cancer de la peau et autres affections cutanées associées aux rayons UVA (telles que la lucite), l’utilisation de filtres solaires à large spectre (UVA/UVB) est recommandée.

Les produits solaires sont classés selon leur facteur de protection solaire (FPS), qui fait référence à la durée de protection de la peau contre les rayons nocifs. Un FPS 15, par exemple, signifie que 1⁄15 des rayons nocifs traversent la couche de crème solaire pour atteindre la peau. Un autre système classe les filtres en fonction de leur protection contre les rayons UVA. Ceux-ci ne brûlent pas la peau, mais la pénètrent en profondeur. La plupart des crèmes solaires sont conçues pour conserver leur efficacité durant 3 ans, pas plus. Certains produits solaires ont une date de péremption, après laquelle leur efficacité n’est plus garantie.

Il y a une vingtaine d’années, le terme de marketing controversé ‘écran solaire’ voyait le jour. Depuis 2013, la FDA a interdit ce mot, car il donne aux consommateurs un faux sentiment de sécurité et incite à l’imprudence. Il n’existe pas d’écran solaire à proprement parler. Même les vêtements ne protègent pas à 100% des UVA. Pourtant, de nombreux consommateurs continuent de confondre filtre solaire et écran solaire.Pour assurer une protection solaire totale, une crème doit protéger contre les UVA, les UVB et l’IRA (lumière infrarouge A). L’énergie solaire se compose à 35% d’IRA.

En dermatologie, les avis divergent sur l’impact de la lumière infrarouge A du soleil. Certains prétendent que l’exposition à la lumière IRA tôt le matin a un effet protecteur contre une exposition ultérieure. Cela stimulerait la prolifération cellulaire et déclencherait ainsi un processus anti-inflammatoire. Cette réaction ne peut être observée avec la lumière IRA artificielle.
En outre, il est établi que l’oxybenzone des crèmes solaires décolore les récifs coralliens et perturbe le métabolisme des poissons, ce qui altérerait à son tour l’équilibre hormonal des humains.

Perspectives d’avenir

Une chose est claire : à l’heure actuelle, nous abordons plus intelligemment l’exposition au soleil, et surtout le bronzage. Il existe des innovations telles qu’un patch cutané UV, une espèce de sparadrap qui se colle sur la peau et révèle votre degré d’exposition aux rayons UV nocifs. Ce patch est imprégné d’une substance bleue photosensible, qui change de couleur sous l’influence des rayons du soleil. Les résultats de ce patch s’obtiennent par voie électronique.

Même si les cancers de la peau restent répandus, ils sont clairement en déclin chez les jeunes. Les campagnes portent donc leurs fruits à terme. Le bronzage est plus sûr aujourd’hui qu’il ne l’était auparavant.

Soulignons l’approche de Margot Esser qui, à la fin des années 80, fonde Pharmos Natur’ Green Luxury en Allemagne après avoir subi de graves coups de soleil. Comme par enchantement, sa peau guérit grâce à l’aloe vera. Cette plante miracle changera profondément sa vie, et sera suivie de nombreuses autres. Pharmos Natur aborde la protection solaire de manière pragmatique : de l’intérieur avec les compléments alimentaires Qfoods Sun Harmony (baies, fruits, etc.) qui boostent l’immunité ; et de l’extérieur avec trois produits (dont crème et huile) à base d’aloë vera, de sésame et d’orléane, qui renforcent les défenses cutanées pour éviter les dommages (processus anti-inflammatoire), mais qui ne sont pas destinés à ‘cuire’ sous le soleil de midi.

La recherche sur les nanoparticules bioadhésives bat son plein. Ces dernières resteraient à la surface de la peau et ne pénétreraient pas dans l’organisme. Non toxiques, elles seraient aussi durables. Les probabilités de revenir au teint de porcelaine d’avant Chanel sont très minces. Si nous apprenons tous à prendre en compte et à respecter ce que la nature nous a donné, nous pourrons conserver un joli teint éclatant de santé toute notre vie. À bon entendeur… Passez un bel été !

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