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La déferlante bio


Derrière l’esthéticienne se cache aussi une consommatrice avisée en quête de produits de soins cutanés et de bien-être plus écologiques.

Par Sylvia Silvester

Les pionniers en la matière

Les premières marques cosmétiques à avoir essayé de fabriquer des produits de beauté 100 % bio ou naturels étaient empreintes d’une image écolo bobo ringarde. Leurs articles n’étaient bien souvent commercialisés que dans les boutiques de produits naturels ou les magasins de diététique. Les instituts ont pendant longtemps continué à opter pour des produits à formules classiques sorties tout droit des tubes à essai des laboratoires. Seules les marques axées d’entrée de jeu sur l’aromathérapie et les huiles essentielles (Décléor, par exemple) ont tenté de promouvoir une approche plus naturelle et de sélectionner les composants les plus purs possible. Citons également le Green Peel de Schrammek, un produit à base de plantes toujours utilisé dans le monde entier et qui, vu la pénurie de matières premières au sortir de la guerre, était à l’époque 100 % naturel.

Une prise de conscience a depuis eu lieu chez les consommateurs. Ils sont désormais conscients des effets de la pollution environnementale sur l’air que nous respirons, les vêtements que nous portons, la nourriture que nous consommons et les océans envahis de déchets plastiques. À la fin de la deuxième guerre mondiale, les industriels nous ont bombardés d’une quantité infinie de nouveaux produits sans vraiment réfléchir aux conséquences sur l’environnement, tandis que les quelques rares activistes écologistes prêchaient dans le désert. Mais depuis plusieurs années, les notions de « développement durable » et de « cradle-to-cradle » (économie circulaire) dépassent le simple phénomène de mode : nous prenons conscience de la nécessité de changer nos comportements si nous voulons laisser une planète habitable à nos enfants et petits-enfants. La réalité quotidienne montre que nous pouvons y arriver : un nombre croissant d’enseignes se tournent vers des ingrédients naturels, biologiques, vegan, sans gluten et non testés sur les animaux. En outre, force est de constater que de plus en plus de personnes présentent une hypersensibilité aux cosmétiques ou souffrent d’allergies persistantes, ce qui les oblige à se détourner des produits de beauté classiques.

Des formules complexes

Nos lointains ancêtres avaient recours à des moyens naturels auxquels ils attribuaient des vertus bienfaisantes pour les cheveux et la peau : argile, miel, huiles essentielles, hydrolats, etc. Puis, à l’issue de la Seconde Guerre mondiale, l’industrie chimique a connu un formidable essor qui lui a permis de répondre à presque toutes les demandes de soins, de solutions anti-âge, etc. Ces composants synthétisés en laboratoire présentaient deux avantages, à commencer par le prix de revient (en général plus bas que celui des ingrédients naturels d’origine végétale, minérale ou animale). Ils permettaient également de maintenir en permanence le même niveau de qualité, alors que celui des ingrédients végétaux dépend souvent de facteurs externes : saison, conditions météo, composition du sol et autres défis de la nature que l’être humain ne maîtrise pas toujours. Pour autant, nous n’avons pas toujours jeté le bébé avec l’eau du bain : les chercheurs sont pratiquement unanimes à reconnaître la difficulté ou l’incapacité à reproduire artificiellement certains ingrédients naturels et leur action très puissante dans les produits cosmétiques.

La chasse aux composants naturels « inédits » ne s’arrête d’ailleurs jamais. Ceci s’explique par la volonté des consommateurs (y compris les esthéticiennes !) de disposer sans cesse de nouveautés et d’ingrédients capables de traiter la peau de façon toujours plus spectaculaire ou efficace. Il incombe en ce sens aux responsables marketing de valoriser ces composants pour que les produits puissent trouver preneur. Le concept d’« ingrédients nouveaux » relève également d’un phénomène de mode : pour peu, par exemple, qu’une marque présente soudainement le moringa comme le nouveau super composant tendance, les concurrents vont forcément lui emboîter le pas. En outre, il est primordial de comprendre que Dame Nature représente une source presque inépuisable de matières premières, et qu’en dépit de nos méthodes scientifiques modernes, nous n’avons pas encore réussi à percer tous ses secrets. Aussi les pharmacologues sont-ils convaincus que nous pourrions encore découvrir des plantes rares susceptibles de constituer la base de nouveaux produits de soin si la déforestation de la forêt tropicale en Amérique du Sud n’était pas aussi rapide.

Nous observons également un changement profond de mentalité chez les industriels qui testent de nouveaux ingrédients et élaborent des formules innovantes. À l’heure actuelle, les scientifiques bravent les forêts vierges ou les déserts pour aller écouter les chamanes et les guérisseurs qui utilisent depuis des siècles certaines plantes pour soigner des maladies et des bobos. Heureusement, ces scientifiques modernes se rendent également compte que recueillir quelques plantes dans la nature sauvage et les cultiver dans leur laboratoire n’est en général pas une solution. Premièrement parce qu’elles perdent les caractéristiques qu’elles possédaient lorsqu’elles poussaient dans leur milieu naturel, mais aussi parce que l’image de l’Occident prospère qui pille les pays les plus pauvres et s’accapare leurs biens sans contrepartie n’a plus rien d’éthiquement responsable. C’est pourquoi de plus en plus de marques (Aveda, Pharmos Natur, etc.) entament des collaborations avec les populations locales qui connaissent bien leur environnement naturel afin de garantir la production des précieuses plantes et d’établir une situation « gagnant-gagnant » pour l’ensemble des parties.

L’ethnobotanique a le vent en poupe

L’« ethnobotanique » est une nouvelle discipline scientifique. Le docteur britannique M. Jackson a étudié pendant vingt ans des espèces végétales indigènes et leur application en médecine traditionnelle. Sa rencontre avec des guérisseurs locaux en Amazonie, en Indonésie et en Afrique l’a incité à se mettre en quête de nouveaux produits naturels de soins cutanés et de variétés de thés biologiques en association avec des populations rurales dans le monde entier. Une collaboration étroite avec des fournisseurs « verts » débouche sur la création de produits respectueux de l’environnement et du développement durable, c’est-à-dire des produits issus de l’agriculture écologique et biologique, non testés sur les animaux, inoffensifs et hygiéniques. Leurs emballages en papier recyclé sont imprimés à l’encre de soja.

Qu’est-ce que la « cosmétique bio » ?

Un nombre sans cesse croissant de marques cosmétiques se revendiquent « bio » ou « naturelles ». Ces deux termes recouvrent pourtant deux réalités différentes. Aujourd’hui, on ne peut plus simplement les apposer sur un produit. Or, on ne compte plus les marques qui estampillent leurs articles du mot « bio ». À bien y regarder, il s’avère parfois que seul l’un des ingrédients est d’origine « naturelle », et celui-ci n’est bien souvent même pas issu de l’agriculture biologique. Pour mériter l’appellation « bio », un produit cosmétique doit renfermer des composants certifiés Agriculture biologique. Citons à ce titre les épices, les plantes, les baies, les agrumes et autres fruits. Ceci implique que les matières premières comme le coton, que l’on retrouve dans d’autres articles aussi utilisés en institut (serviettes, lingettes servant à retirer les masques, cotons-tiges, etc.), soient également issues de l’agriculture biologique. Si un emballage comportant la mention « bio » ne s’accompagne d’aucun label (comme Cosmos, Natrue, etc.), nous n’avons aucune garantie sur la proportion d’ingrédients biologiques que le produit renferme, ni sur la façon dont ils ont été cultivés. Contrairement à l’alimentation bio, aucune législation spécifique ne définit le pourcentage minimum d’ingrédients biologiques que doit contenir un produit cosmétique pour pouvoir être étiqueté « bio ».

Bien des gens associent systématiquement le terme « naturel » à celui de santé et d’innocuité, mais ce n’est bien entendu qu’un mythe. Dame Nature recèle en effet une kyrielle de composants très toxiques et allergisants dans son attirail. Malgré leur extrême vénénosité, certains champignons, ou les digitales et les aconits par exemple, peuvent apporter des bénéfices prouvés s’ils sont utilisés en quantités infimes par l’industrie cosmétique et pharmaceutique. De plus, il a été démontré que les « plantes sauvages » étaient elles aussi exposées à la pollution environnementale et affichaient souvent de fortes concentrations en pesticides et en herbicides.

La législation régissant la composition des cosmétiques ne cesse de se renforcer. Ce qui n’empêche nullement la survenue de certains problèmes, comme on a pu le voir récemment avec les magasins Claire’s : on avait en effet retrouvé de l’amiante dans le maquillage commercialisé par cette chaîne. Il existe heureusement des labels comme Cosmos, Natrue, BDIH et Ecocert pour informer clairement les consommateurs sur les ingrédients, l’action et l’innocuité d’un produit « naturel » ou « biologique ». Tous ont été développés par des ONG (organisations non gouvernementales). En d’autres termes, aucun contrôle réel n’est exercé par les pouvoirs publics.

Les labels régulateurs

Instauré à Bruxelles en 2007, Natrue fait office de norme internationale en matière de produits de soins naturels. Ce label, ancré dans la législation européenne, garantit une production respectueuse de l’environnement. Le contrôle est réalisé par différents organismes de contrôle indépendants. www.natrue Cosmos est un autre label (cosmos-standard.org) dont le siège social est également établi dans la capitale belge. Le référentiel COSMOS est le fruit d’un partenariat entre les grands organismes de certification de la cosmétique bio et naturelle. Il a été mis au point par les grands labels BDIH (Allemagne), Cosmebio et ECOCERT (France), ICEA (Italie) et Soil Association (Grande-Bretagne). Ce référentiel distingue trois catégories : les produits cosmétiques certifiés, les ingrédients certifiés et les matières premières autorisées. Le site Web de COSMOS dresse une très longue liste des cosmétiques autorisés par les instances indépendantes. BDIH est un organisme à but non lucratif allemand. C’est en 1996 qu’il élabore ses directives spécifiques relatives aux produits cosmétiques naturels contrôlés. L’organisme de contrôle et de certification français ECOCERT cible la production écologique et biologique des denrées alimentaires, des cosmétiques et des vêtements. Ce label a mis en place, pour les cosmétiques, des directives encourageant l’emploi de composants naturels de qualité écologique supérieure.

Vous avez dit « vegan » ?

La cosmétique « vegan » (= végétalienne) englobe les produits sans ingrédient d’origine animale (miel, gélatine, cire d’abeille, collagène, kératine, lanoline, cholestérol, etc.). Le choix délibéré de mettre au point des produits vegan trouve sa source dans la volonté de réduire au minimum l’impact de nos activités sur les animaux selon des principes éthiques.

Les marques proposant des cosmétiques de ce type prouvent qu’il est parfaitement possible de créer des produits de beauté à base de fleurs, d’arbres, de plantes, d’argile et d’autres minéraux. Pour le fabricant, la différence réside souvent dans le prix de revient : certains ingrédients d’origine animale sont bon marché, car il s’agit de sous-produits de l’industrie agricole (par exemple) et leur utilisation s’inscrit dans une longue tradition qui permet de bien connaître leur composition chimique.

Les produits vegan ne bénéficient d’aucune protection ou reconnaissance légale. Autrement dit, si un emballage porte la mention « vegan », il est judicieux de demander au fabricant des précisions sur les ingrédients. La gamme Kiwisha de Klapp à base d’amarante caudée, la plupart des produits de Pharmos Natur et ceux de Thalgo comptent parmi les cosmétiques vegan employés en institut.

Des produits non testés sur les animaux ?

La mention « vegan » ne signifie pas toujours qu’un produit n’a PAS été testé sur les animaux. En dépit des oppositions éthico-morales que ces tests soulèvent, certains pays, notamment la Chine, continuent d’y avoir recours pour l’élaboration de nouveaux cosmétiques. Et de nombreuses marques de renom contournent leur propre législation nationale pour faire réaliser les tests dont elles ont besoin, par exemple en Chine. Des organismes comme la PETA, la plus grande association de protection animale au monde rassemblant trois millions de membres, continuent toutefois à militer pour abolir cette pratique une bonne fois pour toutes. L’Union européenne, l’Inde, Israël, la Nouvelle-Zélande, la Norvège, la Suisse et la Turquie font partie des quelques pays à y avoir mis fin de façon définitive. Les marques reconnues comme non testées sur les animaux par la PETA se voient attribuer un logo identifiable au petit lapin qui y figure. C’est le cas de Dermalogica, Pharmos Natur et Payot. Pour savoir si un produit a été testé sur les animaux, on peut se renseigner auprès de différents organismes ou télécharger les listes des produits cosmétiques « cruelty-free » (= sans maltraitance des animaux), notamment par le biais de la PETA, la plus grande organisation de défense animale « cruelty-free ». Par ailleurs, nous célébrons chaque 24 avril la Journée mondiale des animaux dans les laboratoires. Aussi le VIB a réuni des informations utiles, à télécharger via ce lien : www.infopuntproefdieronderzoek.be.[RD1]

Qu’en est-il du gluten ?

Un nombre croissant d’individus présentent une hypersensibilité au gluten alimentaire, mais quid de celui que l’on retrouve dans les cosmétiques ? La plupart des produits de beauté en sont heureusement dépourvus, à l’exception de ceux contenant, par exemple, des protéines de blé. Si un cosmétique renferme du gluten, le risque d’en ingérer demeure plutôt limité. Il arrive que des personnes atteintes de maladie cœliaque (une forme sévère d’intolérance au gluten) réagissent au simple contact d’un produit qui en contient, mais ces cas restent rares. La plupart du temps, il suffit de se laver les mains après avoir manipulé un produit renfermant cette substance. Lorsqu’on y est hypersensible et qu’on ne souhaite prendre aucun risque, mieux vaut vérifier la liste des ingrédients d’un produit, et rechercher notamment d’éventuelles traces de blé, d’avoine, de seigle et d’orge.

Haro sur le gaspillage de l’eau !

Les salons de beauté et les centres de bien-être consomment d’énormes quantités d’eau. C’est surtout le nettoyage (effectué en salon ou par une société spécialisée) et le séchage des serviettes qui représentent un coût conséquent pour les esthéticiennes comme pour l’environnement. Les serviettes écologiques à usage unique de Scrummi’s pallient ce problème tout en libérant complètement les instituts de la corvée de linge. Leur confection européenne en bois certifié durable en fait des produits 100 % biodégradables et compostables. La consommation d’eau et d’électricité s’en trouve sensiblement réduite, tandis que le risque de transmission bactérienne disparaît, car chaque client se voit attribuer une serviette différente.

Conditionnements et microbilles en plastique

La cosmétique, un secteur de luxe, consacre beaucoup de temps et d’énergie à l’élaboration de jolis conditionnements, véritables joyaux pour l’institut et la salle de bains des clients. Dès lors, comment concilier esthétique et écologie ? Certaines marques investissent tout simplement dans des systèmes de recharge. À titre d’exemple, Nimue a lancé le Nimue Refill System, grâce auquel les clients peuvent faire une économie de 30 %.

Nous avions déjà abordé, il y a quelque temps, le risque que les microbilles en plastique contenues dans les peelings représentaient pour l’environnement. En plus de ne pas être biodégradables, elles peuvent même se retrouver dans notre organisme par le biais de la chaîne alimentaire. Les marques sont heureusement de plus en plus nombreuses à reconnaître leur dangerosité. C’est la raison pour laquelle le Triple Microdermabrasion Face Polish d’Exuviance renferme des cristaux purs, et non des granules de polyéthylène. Le nouveau peeling à la perlite de Schrammek, quant à lui, contient des particules de pierre de lave (perlite) naturelle, mais est formulé sans émulsifiants PEG pour prévenir les irritations cutanées. Thalgo s’efforce également de minimiser son empreinte écologique. Cette marque est certifiée Ecocert et ses produits ne renferment ni parabènes nocifs, ni huiles minérales, ni propylène glycol, ni composants d’origine animale, ni OGM. Biologique et certifiée Ecocert, la marque Altearah propose des cosmétiques intelligents pour le visage et différents soins en institut. Ishga Organic Skincare tire parti de l’algue marine recueillie dans les eaux les plus pures au monde, tandis que Lakshmi, marque conçue selon les principes ayurvédiques, n’est pas testée sur les animaux et affiche un pH identique à celui de la peau. Mention spéciale pour Pharmos Natur, marque 100 % naturelle utilisant exclusivement des composants végétaux (aloe vera, huile de macadamia, sésame noir, soja, spiruline, huile de rose, thé vert, huile d’argan, millepertuis, camélia, racines de konjac, babaco, baies de sureau, sauge, algues et bien d’autres ingrédients exotiques rares) et formulée sans eau, ni alcool, ni parabènes. L’aloe vera remplace l’eau en tant que matière première importante. Pharmos Natur a dès le début visé une approche holistique accordant à notre organisme l’attention qu’il mérite, notamment grâce à une poudre de fruits spécifique capable de le détoxifier et de le désacidifier de l’intérieur et à Aloë Vera Bio Ursaft, un jus de plantes non dilué qui, entre autres, améliore les échanges intercellulaires et l’élasticité des vaisseaux sanguins, et lutte efficacement contre la sécheresse et les démangeaisons cutanées, l’acné, la rosacée, l’eczéma, la couperose, la lucite, etc. La marque offre également tout un éventail de produits de soins cutanés. Ces cosmétiques très doux chouchoutent véritablement la peau. Leurs propriétés harmonisantes et cicatrisantes agissent tant sur le plan préventif que curatif. C’est suite à des brûlures accidentelles que Margot Esser décide de fonder une nouvelle enseigne dans l’univers des plantes avec des matières premières issues de la culture biologique du monde entier et commercialisées de façon équitable. Sa marque Pharmos Natur a reçu l’approbation des labels Eco Control, Natural Incada et B.A.U.M., et du Label bio de l’UE.Comme quoi, tout est possible !

Photos : ©Elena Kharichkina – AdobeStock; ©lipov – AdobeStock;