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Handle with care !


L’hypersensibilité cutanée est souvent un vrai casse-tête pour l’esthéticienne. Ces peaux imprévisibles – et surtout fragiles – sont-elles à envoyer directo chez les dermatos ? Une prise en charge en institut est toujours possible : soins spécifiques, actifs cocons, conseils de routine beauté à domicile et protocoles cabine adaptés. Vous avez en mains un double atout : pouvoir répondre à la problématique de l’hypersensibilité, tout en la conciliant avec la lutte anti-âge. A vous de jouer, en douceur…

Par Catherine Malaise

© Utkamandarinka – AdobeStock

Gageons que deux clientes sur trois déclarent avoir la peau sensible ! Plusieurs études épidémiologiques ont mis en évidence un fait marquant : le nombre de personnes affirmant avoir une peau sensible serait, chaque année, en augmentation partout dans le monde. USA : + 35% en 14 ans. Europe : + 7 % en 10 ans. Longtemps sous-estimée, cette problématique a enfin droit à une définition officielle, établie par l’International Forum for the Study of Itch (IFSI) : «Un syndrome défini par l’occurrence de sensations désagréables (picotements, tiraillements, échauffements, rougeurs, démangeaisons, irritations) en réponse à des stimuli qui ne devraient pas habituellement provoquer de telles réactions. La peau sensible peut avoir l’apparence d’une peau normale ou présenter un érythème».

Quand la peau s’énerve…

En crise chronique ou passagère, elle sur-réagit aux agressions extérieures à cause d’un système de protection déficient qui les lui fait subir de plein fouet. Tous les signes de l’hypersensibilité cutanée sont «neuro-sensitifs». La peau est jalonnée de terminaisons nerveuses (hyper excitables, si elle est sensible) dont les neuromédiateurs propagent une inflammation. Selon les marketeurs de la beauté, elle serait « notre 3ème cerveau » ! Elle reflète nos émotions depuis qu’elle partage avec le «vrai» cerveau la même origine embryonnaire et des neuromédiateurs de même structure moléculaire. Les endorphines – les hormones du bien-être – sont produites à la fois par le cerveau et par les kératinocytes de l’épiderme !

Stress psychologiques et émotions négatives

La peau peut se sensibiliser à tout moment, sous l’influence de multiples stimuli : pollution, froid, vent, lumière UV, écarts de température, chauffage, clim’, eau trop calcaire et produits cosmétiques inadaptés ou de piètre qualité. A présent, les facteurs internes sont de plus en plus mis en cause. Tristement d’actualité : depuis le début de la crise sanitaire, plus de 50% des femmes ont vu leur peau devenir plus sèche, plus terne qu’avant, avec des rougeurs et de nouvelles ridules ! Le coupable ? Le «cortisol», l’hormone du stress. Dans ce contexte de déprime, la peau affiche un mauvais caractère et le manque de sommeil affaiblit sa barrière protectrice.

L’ennemie, la multi-pollution

La peau sensible voit son seuil de tolérance dégringoler face aux agressions. La pollution atmosphérique la bombarde en permanence, mais celle « in house » la menacerait aussi : meubles neufs, lumière bleue des écrans, chauffage et air co. Le maquillage, sans démaquillage approprié, peut devenir un redoutable polluant ! Faut-il rappeler l’expérience concluante – et courageuse ! – d’une bloggeuse anglaise ? En 2013, elle avait fait le buzz en ne se démaquillant pas pendant un mois. Verdict : sa peau semblait avoir vieilli de 10 ans.

Le concept d’inflammageing

Réaction de défense et véritable sirène d’ambulance, l’inflammation force la peau à réparer les dégâts en urgence. Inconvénient : ce SOS lui pompe l’énergie dont les fibroblastes ont besoin pour produire collagène et élastine nécessaire à une peau ferme et rebondie. Ce vieillissement prématuré, c’est l’inflammageing.

Un cercle vicieux, vu à la loupe

La peau pourrait, en principe, s’adapter. Les radicaux libres générés par les polluants ne lui en laissent pas le temps et sabotent son système antioxydant naturel.
Le stress oxydatif : la bioaccumulation des polluants conduit au stress oxydatif. Pour résister aux assauts des radicaux libres, la peau réagit par une détox cellulaire… avant d’être dépassée.
L’altération de la fonction barrière : oxydés par les radicaux libres, les lipides du ciment intercornéocytaire ne sont plus capables de remplir leur fonction. La barrière cutanée se « troue » et sa perméabilité accrue augmente la « perte insensible en eau » qui sensibilise encore la peau.
L’inflammation : dès que la fonction barrière diminue, le renouvellement cellulaire ralentit et l’inflammation apparaît, entraînant à son tour d’autres dysfonctionnements. Rougeurs, irritations, peau terne…

Stratégie anti-âge ad hoc

Les femmes qui se plaignent d’avoir la peau qui picote, tiraille et rougit sont aussi des clientes frustrées de ne pouvoir se ruer sur la crème rajeunissante du moment. Consolez-les avec bon sens et pédagogie : limiter l’inflammation cutanée, préserver ou rétablir la fonction barrière, augmenter le seuil de résistance aux agressions est «LA» solution pour éviter que leur peau épuisée vieillisse avant l’heure. Quitte à alterner, une fois la paix cutanée obtenue, soins dermocosmétiques et soins anti-âge. Les marques de mixologie cosmétique sont parfaites pour cela : elles permettent de composer des cocktails sur mesure, fusions d’actifs anti-âge et apaisants.

© Cookie Studio – AdobeStock

La bonne routine beauté quotidienne

1 : nettoyer soir et matin. Geste-clé pour balayer les particules sensibilisantes des polluants, résidus de fards, sébum et toxines libérées par la peau. A condition de bien choisir le nettoyant : exit les tensioactifs agressifs décapant la protection du film hydrolipidique. Les dermatologues conseillent les eaux micellaires. Faites de même : elles nettoient sans perturber l’écosystème de la peau grâce à leurs «micelles » captatrices composées d’un tensioactif non ionique, leur eau ultra purifiée ou thermale et leur pH proche de celui de l’épiderme. Ne se rinçant pas, elles évitent les agressions de l’eau calcaire.
2 : Reconstituer et consolider les systèmes d’autoprotection cutanée. Les céramides sont d’excellents matériaux de reconstruction pour le ciment intercellulaire de la barrière cutanée, les huiles végétales le sont aussi pour le film hydrolipidique. Framboise, pépins de raisin, jojoba, sésame, etc. Très actuels, les probiotiques viennent à la rescousse en veillant à l’équilibre du microbiote cutané. Cet écosystème vivant de milliards de bactéries, levures et micro-organismes est au cœur des recherches scientifiques depuis plus de 10 ans. Il est désormais reconnu comme un élément clé de la santé et de la beauté. Pour évincer l’hypersensibilité, les probiotiques maintiennent les «bons» microbes en supériorité numérique afin de ne laisser aucune chance aux éléments pathogènes. Les prébiotiques assurent leur développement en les nourrissant de sucres. Les complexes de lactobacillus font souvent équipe avec la provitamine B5 réparatrice, le panthénol cicatrisant, des agents calmants (alpha-Bisobolol), extraits de plantes et levure de bière qui régulent la microcirculation sanguine, lipides biomimétiques qui rendent leur fonction barrière et leur confort des peaux très sèches.
3 : Rétablir le système hydrique. Une peau sensible ouvre les vannes à la perte en eau. Plus que les autres, elle a besoin d’actifs capteurs (acide hyaluronique, glycérine végétale, Xilitol), de pro-lipides qui piègent l’hydratation sous un couvercle de jonctions serrées (vitamine PP, fleur d’immortelle) et d’activateurs des canaux « aquaporines » entre les cellules (extrait de pépin de pomme, eau de raisin). Dès que cette recette d’actifs pallie les pertes hydriques, on dit bye aux rougeurs et tiraillements !

Les soins naturels, bio et vegan : c’est mieux ?

La nature est un grand fournisseur de molécules apaisantes, antioxydantes et anti-inflammatoire : camomille, mauve, bleuet, etc. Des plantes traditionnelles certes, mais dotées de galéniques de plus en plus soyeuses et caressantes.
Les soins naturels, bio et vegan regroupent des atouts préconisés par les dermatologues : maximum de douceur, liste d’ingrédients courte sans parfum ni conservateur de synthèse. Attention, s’ils contiennent des huiles essentielles : certaines peuvent ne pas convenir aux peaux les plus fragilisées.

En cabine, on gère au mieux

La règle, c’est d’ouvrir l’œil. L’hypersensibilité est un phénomène fréquent pouvant toucher tous les types de peau. Ce qui rougit, picote et tiraille n’est pourtant pas à inscrire illico au registre des peaux sensibles. Cas typique d’une réaction imprévisible «de contact» avec un principe actif : la peau s’échauffe, la cliente ressent une gêne, sans rougeur ni gonflement. Ce désagrément bénin s’atténue et disparaît souvent en cours de soin. Dans le cas d’un gommage enzymatique, on prévient simplement la cliente ! Des taches rouges sans sensation de brûlures ni démangeaisons ? Elles pâlissent vite ? Il peut s’agir d’une dilatation immédiate des vaisseaux sanguins des peaux malchanceuses qui réagissent au froid, au chaud, aux frottements et aux excitants (épices, café, thé, alcool). Rien à voir avec une réaction allergique dont les manifestations (boutons, gonflements et rougeurs accompagnés de démangeaisons) apparaissent un à deux jours après la séance. Les allergies sont une réaction de défense excessive du système immunitaire cutané face à des substances généralement inoffensives. A confier aux dermatologues !

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Prudence, en revanche, en face des…

… complications prévisibles : une peau sèche, sensibilisée à coups de nettoyages agressifs et produits inadaptés. Sa barrière cutanée dégradée aura besoin de beaucoup de délicatesse (soins à pH neutre, sans urée) et d’un certain temps avant de se régénérer. Sinon, gare aux nouvelles irritations ! Enfin, la peau la plus problématique en institut demeure la peau «atopique» sujette aux poussées d’eczéma. A cause d’une prédisposition génétique qui l’empêche de faire barrière aux agressions environnementales, elle laisse pénétrer allergènes et irritants. Réservez-la au dermatologue qui traitera ses démangeaisons avec une routine stricte et un émollient de type baume (incluant des corticoïdes en cas de poussée) à appliquer toute l’année.